Le blogue de François Cardinal

Archive de la catégorie ‘Architecture’

Jeudi 28 août 2014 | Mise en ligne à 9h59 | Commenter Commentaires (77)

L’absence d’une culture du beau enlaidit Montréal

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Je reproduis ici une version modifiée et écourtée de ma chronique de ce matin.

Les problèmes de collusion et de laxisme administratif ont permis à certains de s’en mettre plein les poches, on le sait. Mais ces déviances ont eu une autre conséquence : elles ont enlaidi Montréal et sa région.

C’est l’angle mort de la Commission Charbonneau. Une conséquence dont on ne parle pas, même si elle est plus grave, d’une certaine façon, que les pots-de-vin qu’on tente de récupérer. Ce qu’on a construit, on ne peut le déconstruire (quoi que…).

Prenez le plus récent exemple, ces deux horribles tours qui ont poussé sur la pointe nord de L’Île-des-Sœurs, là où rien n’aurait dû dépasser quelques étages. Visibles à votre droite quand vous sortez du pont Champlain en direction de Montréal, elles sautent au visage, non pas en raison de leur laideur intrinsèque (leur façade est banale), mais en raison de leur emplacement.

À sa face même, c’est une aberration, un obstacle visuel de 30 étages qui contamine la vue sur l’Oratoire, le mont Royal et le centre-ville.

Selon un rapport du contrôleur général, dévoilé par le Journal de Montréal, le projet Evolo serait entaché par un grand nombre d’irrégularités, voire par une collusion entre promoteur, élus et fonctionnaires.

X031_49BB_9Proment s’en défend, dit qu’il a agi en respect des règles. Tout comme, d’ailleurs, le CUSM affirmait récemment avoir agi en respect des règles lorsqu’il a donné huit étages hors sol à son stationnement… «souterrain» (qu’on voit en bas à droite sur la photo). Tout comme les promoteurs soutiennent avoir agi en respect des règles lorsqu’ils ont construit toutes ces affreuses tours sur le bord de l’eau à Laval.

Mais dans le fond, peu importe qu’ils disent vrai ou pas. Peu importe si les règles ont été tordues, et par qui. Ce que l’on retient, c’est que les décisions ont été prises sans souci pour l’impact qu’ont ces nouvelles constructions sur le paysage urbain.

Vrai, le maire de l’arrondissement Verdun a juré, lundi, que l’«urbanisme créatif» de ses prédécesseurs n’a plus sa place à L’Île-des-Sœurs. Tant mieux. Mais n’allons pas croire qu’en changeant quelques fonctionnaires, on se convertira soudainement à l’architecture de qualité. Pas plus dans ce quartier qu’ailleurs à Montréal.

L’emplacement des tours Evolo, le stationnement du CUSM et les constructions douteuses de Laval sont autant de manifestations d’une absence de souci pour l’harmonieux, le durable, le fonctionnel. Mais elles n’en sont qu’un épiphénomène.

Tout cela a pu lever de terre dans l’indifférence la plus totale parce qu’on n’a pas, au Québec et à Montréal, une grande préoccupation pour la qualité architecturale, pour l’impact des constructions sur le paysage et le cadre bâti. On n’a pas, autrement dit, une culture du beau.

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Samedi 12 juillet 2014 | Mise en ligne à 9h00 | Commenter Commentaires (80)

Montréal: une ville née pour un petit pain?

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On est maître de ce qu’on écrit dans le journal, mais pas des interprétations qu’on en fait…

Mon texte sur Montréal l’anti-Bilbao a beaucoup fait réagir. Il a été très apprécié par les lecteurs en général, applaudi par quelques urbanistes et architectes, mais aussi descendu en flammes par certains autres, qui m’accusent d’avoir pondu «une ode à la banalité».

Dur, dur… Je ponds un texte qui fait l’apologie de la créativité montréalaise, de l’originalité de ses composantes, de la force de ses éléments à échelle humaine, et on m’accuse de tirer Montréal par le bas, de ramener la ville au petit pain pour lequel, suivant mon discours, elle serait née.

Un mot : pantoute.

Mon texte est même l’exact opposé, il s’agit d’une ode à la créativité, à l’originalité, à l’audace architecturale. C’est la richesse de Montréal, c’est ce sur quoi Montréal doit miser pour continuer à se distinguer.

Seulement, pas besoin d’une créativité grandiloquente, d’une originalité monumentale, d’une audace spectaculaire, comme celle qui a fait la renommée de Bilbao. Pas besoin des Gehry, Calatrava, Hadid, Foster, Koolhas, Piano et autres. S’ils veulent nous payer une visite (et une oeuvre), tant mieux, mais ce n’est pas une nécessité.

Là est mon point.

Bilbao en avait manifestement besoin pour se faire une place «sur la map», comme l’a démontré son musée Gugenheim. Toronto, qui malgré ses forces est plutôt terne, en a peut-être besoin pour se mettre en scène. Calgary, aussi.

Mais Montréal a un «oumf» que leur envient justement des villes comme Toronto et Calgary, un «oumf» qui se retrouve dans ses composantes, ses détails, ses recoins.

Plutôt que de rêver à une architecture iconique pour se distinguer, la métropole peut se payer le luxe d’une architecture «près des gens, généreuse et décontractée», pour reprendre l’expression d’un habitué de ce blogue avec qui je me suis entretenu,le designer de l’environnement Francis Huneault.

Je ne m’oppose donc pas à «l’architecture de qualité», contrairement à ce que certains ont dit, mais à l’architecture qui se doit de porter une signature internationale pour être de qualité.

Je préfère 100 fois un bâtiment comme l’édifice de la Caisse de dépôt, signé Daoust Lestage, qu’une tour de Gehry qu’on peut déposer dans une ville ou une autre. Et de la même manière, je préfère 100 fois un pont sobre et élégant conçu par Jensen et Provencher-Roy, qu’un pont exubérant signé Calatrava comme on en retrouve dans plusieurs villes.

Oui, la tour de Gehry et le pont de Calatrava attireraient plus de regards, plus d’attention, plus de touristes, mais l’édifice de la Caisse comme le pont de Jensen s’ancrent mieux dans la ville, se démarquent par leur souci du détail et du raffinement, en plus d’améliorer l’expérience et la qualité de vie des usagers, et des Montréalais par le fait même.

Je ne fais donc pas l’apologie de la médiocrité, mais d’une certaine simplicité. Je ne veux pas du banal, mais de l’original. Je ne cherche pas la fadeur, mais la valeur de l’architecture bien ancrée dans ce qui fait la richesse de Montréal : non pas sa grandiloquence, son artifice ou sa monumentalité, mais sa créativité, son originalité, sa singularité et, aussi, sa simplicité.

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Lundi 7 juillet 2014 | Mise en ligne à 15h44 | Commenter Commentaires (46)

Recouvrement de Ville-Marie: on y travaille depuis 1985…

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C’est loin d’être la première fois qu’on planche sur le projet…

Le maire Coderre a annoncé tout à l’heure, aux côtés de Robert Poëti et Richard Bergeron, qu’il allait de l’avant avec le recouvrement partiel de l’autoroute Ville-Marie, entre les rues Hôtel-de-ville et Sanguinet.

Pour le fun, je me suis amusé à déterrer les études, projets et concours qui ont été mis de l’avant depuis les années 1980 pour réaménager ce secteur devenu ingrat avec la construction du métro et de l’autoroute Ville-Marie dans les années 1960.

J’en ai trouvé au moins six, avec images.

- Daniel Arbour & Associés, 1985

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- J. Besner, Ville de Montréal, 1985

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- Melvin Charney, 1991

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- Jacques Béïque architecte/ARUA 1991

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- Daniel Arbour & Associés, 2004

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- Concours d’idées pour les abords de du métro Champ-de-Mars 2010

mars

On multiplie donc les projets et les idées depuis maintenant 30 ans, mais au risque de paraître candide, je crois que cette fois-ci est la bonne.

Le maire a lancé cet après-midi les détails de la démarche et des études préalables au recouvrement et sa prudence me semble bonne conseillère. Plutôt que de se lancer dans un projet de recouvrement complet, du Palais des Congrès à Radio-Canada, il commence par une première phase, un simple pâté de maison (image ci-dessous), ce qui lui assure des fonds gouvernementaux d’au moins 100 millions $… dans un contexte où il est bien difficile de convaincre Québec de dépenser.

De bon augure, je trouve. Vous?

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