Le blogue de François Cardinal

Archive de la catégorie ‘Architecture’

Samedi 12 juillet 2014 | Mise en ligne à 9h00 | Commenter Commentaires (80)

Montréal: une ville née pour un petit pain?

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On est maître de ce qu’on écrit dans le journal, mais pas des interprétations qu’on en fait…

Mon texte sur Montréal l’anti-Bilbao a beaucoup fait réagir. Il a été très apprécié par les lecteurs en général, applaudi par quelques urbanistes et architectes, mais aussi descendu en flammes par certains autres, qui m’accusent d’avoir pondu «une ode à la banalité».

Dur, dur… Je ponds un texte qui fait l’apologie de la créativité montréalaise, de l’originalité de ses composantes, de la force de ses éléments à échelle humaine, et on m’accuse de tirer Montréal par le bas, de ramener la ville au petit pain pour lequel, suivant mon discours, elle serait née.

Un mot : pantoute.

Mon texte est même l’exact opposé, il s’agit d’une ode à la créativité, à l’originalité, à l’audace architecturale. C’est la richesse de Montréal, c’est ce sur quoi Montréal doit miser pour continuer à se distinguer.

Seulement, pas besoin d’une créativité grandiloquente, d’une originalité monumentale, d’une audace spectaculaire, comme celle qui a fait la renommée de Bilbao. Pas besoin des Gehry, Calatrava, Hadid, Foster, Koolhas, Piano et autres. S’ils veulent nous payer une visite (et une oeuvre), tant mieux, mais ce n’est pas une nécessité.

Là est mon point.

Bilbao en avait manifestement besoin pour se faire une place «sur la map», comme l’a démontré son musée Gugenheim. Toronto, qui malgré ses forces est plutôt terne, en a peut-être besoin pour se mettre en scène. Calgary, aussi.

Mais Montréal a un «oumf» que leur envient justement des villes comme Toronto et Calgary, un «oumf» qui se retrouve dans ses composantes, ses détails, ses recoins.

Plutôt que de rêver à une architecture iconique pour se distinguer, la métropole peut se payer le luxe d’une architecture «près des gens, généreuse et décontractée», pour reprendre l’expression d’un habitué de ce blogue avec qui je me suis entretenu,le designer de l’environnement Francis Huneault.

Je ne m’oppose donc pas à «l’architecture de qualité», contrairement à ce que certains ont dit, mais à l’architecture qui se doit de porter une signature internationale pour être de qualité.

Je préfère 100 fois un bâtiment comme l’édifice de la Caisse de dépôt, signé Daoust Lestage, qu’une tour de Gehry qu’on peut déposer dans une ville ou une autre. Et de la même manière, je préfère 100 fois un pont sobre et élégant conçu par Jensen et Provencher-Roy, qu’un pont exubérant signé Calatrava comme on en retrouve dans plusieurs villes.

Oui, la tour de Gehry et le pont de Calatrava attireraient plus de regards, plus d’attention, plus de touristes, mais l’édifice de la Caisse comme le pont de Jensen s’ancrent mieux dans la ville, se démarquent par leur souci du détail et du raffinement, en plus d’améliorer l’expérience et la qualité de vie des usagers, et des Montréalais par le fait même.

Je ne fais donc pas l’apologie de la médiocrité, mais d’une certaine simplicité. Je ne veux pas du banal, mais de l’original. Je ne cherche pas la fadeur, mais la valeur de l’architecture bien ancrée dans ce qui fait la richesse de Montréal : non pas sa grandiloquence, son artifice ou sa monumentalité, mais sa créativité, son originalité, sa singularité et, aussi, sa simplicité.

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Lundi 7 juillet 2014 | Mise en ligne à 15h44 | Commenter Commentaires (46)

Recouvrement de Ville-Marie: on y travaille depuis 1985…

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C’est loin d’être la première fois qu’on planche sur le projet…

Le maire Coderre a annoncé tout à l’heure, aux côtés de Robert Poëti et Richard Bergeron, qu’il allait de l’avant avec le recouvrement partiel de l’autoroute Ville-Marie, entre les rues Hôtel-de-ville et Sanguinet.

Pour le fun, je me suis amusé à déterrer les études, projets et concours qui ont été mis de l’avant depuis les années 1980 pour réaménager ce secteur devenu ingrat avec la construction du métro et de l’autoroute Ville-Marie dans les années 1960.

J’en ai trouvé au moins six, avec images.

- Daniel Arbour & Associés, 1985

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- J. Besner, Ville de Montréal, 1985

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- Melvin Charney, 1991

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- Jacques Béïque architecte/ARUA 1991

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- Daniel Arbour & Associés, 2004

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- Concours d’idées pour les abords de du métro Champ-de-Mars 2010

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On multiplie donc les projets et les idées depuis maintenant 30 ans, mais au risque de paraître candide, je crois que cette fois-ci est la bonne.

Le maire a lancé cet après-midi les détails de la démarche et des études préalables au recouvrement et sa prudence me semble bonne conseillère. Plutôt que de se lancer dans un projet de recouvrement complet, du Palais des Congrès à Radio-Canada, il commence par une première phase, un simple pâté de maison (image ci-dessous), ce qui lui assure des fonds gouvernementaux d’au moins 100 millions $… dans un contexte où il est bien difficile de convaincre Québec de dépenser.

De bon augure, je trouve. Vous?

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Mardi 1 juillet 2014 | Mise en ligne à 15h01 | Commenter Commentaires (52)

Champlain II: un clin d’oeil au passé de Montréal…

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Tout en haut de mon palmarès de sources architecturales, il y a Witold Rybczynski, professeur émérite à l’Université de Pennsylvanie et redoutable critique architectural. Je suis d’ailleurs en train de lire son livre, fascinant, How Architecture Works.

En voyant les images du pont de remplacement de Champlain, j’ai donc eu l’idée de lui tendre une perche pour avoir son impression, d’autant que l’homme a été professeur à McGill pendant 20 ans.

En un mot, il n’est pas très impressionné… sauf par les piliers.

«Les ponts à haubans sont très à la mode ces jours-ci, m’a-t-il dit, mais celui-ci me semble une tentative un peu trop évidente de créer de toutes pièces un pont emblématique. Il est grandiloquent en regard de la faible portée de la voie maritime. Les tours jumelles ne sont pas particulièrement élégantes, par ailleurs.»

«Cela dit, j’aime les piliers en forme de Y, a-t-il ajouté. Ils font vraiment le travail.»

En toute humilité, je suis plus ou moins d’accord avec Rybczynski, ce que j’expliquerai en chronique demain. Mais j’aime bien l’attention qu’il porte aux piliers et aux portiques en forme de Y (ou de W, c’est selon). Voilà un aspect clairement distinctif du futur pont de Jensen et Provencher Roy.

J’en ai d’ailleurs eu une preuve supplémentaire, tout à l’heure, alors qu’un lecteur versé en histoire de l’art, Robert Poirier, m’a ouvert les yeux sur une particularité encore plus surprenante de ces piliers : leur ressemblance avec le logo d’Expo 67, ou du moins l’emblème minimaliste à partir duquel le designer Julien Hébert avait conçu le logo en forme de cercle.

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Je doute que cela ait été volontaire, sinon les architectes en auraient parlé tout de go, mais sous certains angles, la similitude est frappante.

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Il s’agit d’un intéressant clin d’œil à l’histoire de Montréal, un clin d’oeil ironique en outre, car il nous ramène aux années soixante, époque où a été construit l’actuel pont Champlain.

Voilà qui, même involontairement, donne un ancrage local à ce futur pont, vous ne trouvez pas?

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