Le blogue de François Cardinal

Archive, octobre 2014

Vendredi 10 octobre 2014 | Mise en ligne à 7h07 | Commenter Commentaires (67)

Agressions dans les taxis: on protège qui, au juste?

taxi

Plus je m’intéresse à Uber et aux transformations qui ébranlent l’industrie du taxi, plus je réalise qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au Bureau du taxi de Montréal.

D’abord, je croyais naïvement que ce Bureau était l’équivalent du Collège des médecins, mais pour l’industrie du taxi. Une sorte d’ordre professionnel qui a pour mandat de protéger le public et d’encadrer la pratique du taxi.

Mais non, c’est de plus en plus manifeste que le Bureau est là pour protéger l’industrie, d’abord et avant tout. Même si c’est une paramunicipale payée avec l’argent public.

C’est évident quand on le voit réagir de manière corporatiste à la venue d’Uber, n’hésitant pas à sortir les canons… au nom d’une industrie qu’il tente de protéger.

Et c’est encore plus évident depuis hier, alors qu’il refuse de réagir aux possibles agressions sexuelles survenues dans des voitures de taxi ces dernières semaines!!!

Qui protège le Bureau du taxi, au juste?

Ensuite, je croyais tout aussi naïvement que l’industrie était encadrée de manière serrée, notamment par le Bureau, encore une fois pour protéger les clients. Je croyais que les normes étaient sévères et contraignantes, surtout pour ce qui touche la sécurité.

Mais non, les casiers judiciaires des chauffeurs de taxi ne font l’objet d’aucune vérification obligatoire. Je répète : contrairement à Vancouver, Edmonton, Ottawa et Toronto, on ne vérifie pas systématiquement les antécédents criminels des chauffeurs de taxi à Montréal (sauf ceux qui font du transport adapté)!

Et après, le Bureau du taxi vient nous dire que si on permet à UberX d’opérer à Montréal (tout chauffeur d’auto qui s’inscrit peut prendre des clients), on permettra du coup à n’importe qui d’embarquer n’importe qui!

UberX, je tiens à le préciser, qui oblige tous les chauffeurs à subir une telle vérification des antécédents criminels!

Encore une fois, qui protège le Bureau du taxi, sinon l’industrie du taxi? Une industrie qui est aujourd’hui dans l’eau chaude et que le Bureau refuse de blâmer publiquement!

Et ne me partez pas sur la réaction du SPVM, qui est d’un autre ordre, mais qui est toute aussi scandaleuse que l’absence de réaction du Bureau. La police recommande aux femmes… de contrôler leur consommation d’alcool! Parce que dans beaucoup de cas d’agressions, voyez-vous, les victimes avaient consommé de l’alcool!

Quelle est la différence entre une telle recommandation et, disons, conseiller aux femmes de ne pas s’habiller trop légèrement… parce que dans beaucoup de cas de viols, les victimes étaient habillées trop légèrement?

Qui blâme-t-on pour ces agressions, au juste? Et surtout, qui protège-t-on?

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Samedi 4 octobre 2014 | Mise en ligne à 7h49 | Commenter Commentaires (32)

Sainte-Cath modulable: pourquoi j’y avais pas pensé?

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Crédit: Marco Campanozzi

Bon, j’ai fini par me brancher.

Comme je vous disais l’autre jour, je ne l’ai pas trouvé facile. Le réaménagement de la rue Sainte-Catherine m’a même gardé éveillé la nuit, comme je le raconte dans ma chronique aujourd’hui. D’autant que les quatre concepts sur la table me laissent froid: je ne leur trouve aucune personnalité, des solutions techniques à un enjeu organique.

Je dois avouer que pour me faire une tête, j’ai eu de l’aide. Le journaliste Pierre Duhamel et le directeur de l’organisme Vivre en ville, Christian Savard, ont beaucoup contribué à ma réflexion. Mais c’est Richard Bergeron qui m’aura mis la solution en bouche.

Rien de sorcier, comme je l’écris ce matin. Mais c’est souvent dans la simplicité qu’on trouve les meilleures idées, celles qui nous arrachent un: «pourquoi j’y avais pas pensé?».

Le chef de Projet Montréal propose d’étendre vers l’ouest le concept déjà adopté sur Sainte-Catherine dans le Quartier des spectacles, entre la Place des Arts et le Complexe Desjardins.

«Un concept hybride, a-t-il précisé, parfaitement confortable lorsque piétonnisé et parfaitement fonctionnel pour la circulation et le stationnement en dehors des périodes de piétonnisation.»

En un mot, il suggère que Sainte-Cath soit modulable au gré des saisons et des événements, comme elle l’est à côté de la Place des festivals.

J’ai marché dans le coin avec lui, jeudi, pour qu’il m’explique ce qui lui plait dans le concept privilégié dans le Quartier des spectacles, qu’il trouve magnifiques malgré quelques réserves.

Il apprécie beaucoup les matériaux nobles utilisés, ces pavés «très chics» qui rehaussent la qualité du design. Il aime le mobilier urbain adapté, l’alignement parfait des verticales et la possibilité d’aménager des terrasses.

Mais par-dessus tout, il adore le trottoir qui se fond à la rue, signalé par des bollards amovibles. C’est ce qui permet à la Ville d’élargir les trottoirs, de piétonniser l’espace ponctuellement, de créer des places et des espaces piétons comme et quand bon lui semble.

«On laisse ainsi toutes les options ouvertes, m’a-t-il expliqué. On peut jouer avec la circulation. On peut ajouter des terrasses. On peut garder le stationnement de rue puis le retirer au besoin, ou même complètement à long terme.»

Il propose un ajout, cela dit, l’aménagement de différents ancrages à bollards, comme sur la Grande-Allée à Québec. «Une idée de Jean-Paul L’Allier que j’adore, me dit-il. Ça permet d’avoir une grande flexibilité pour réduire le nombre de voies de circulation, plutôt que de simplement les éliminer. On peut ainsi piétonniser partiellement.»

Ce qui lui plait avec le concept de la rue Sainte-Catherine dans le Quartier des spectacles (qu’il propose aussi d’étendre vers l’est, d’ailleurs, dans le Village), c’est qu’il n’existe dans le secteur aucun espace visuellement dédié à l’auto. Il y a simplement de l’espace accordé à l’auto, une nuance capitale à ses yeux.

«On peut ainsi refaire la Sainte-Catherine non pas pour les 25 prochaines années, mais pour les 100 prochaines années en se gardant toutes les options ouvertes.»

J’achète. Vous?

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