Le blogue de François Cardinal

Archive, janvier 2014

Mercredi 29 janvier 2014 | Mise en ligne à 13h22 | Commenter Commentaires (39)

Budget: trois chiffres passés à la machine anti-spin…

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Disons-le, c’est un budget globalement positif que nous a servi l’administration Coderre, ce matin. Il y a évidemment des plus et des moins, mais ce qui ressort le plus, c’est un réel souci de contrôler les dépenses.

Voici trois chiffres passés à la machine anti-spin pour comprendre le premier budget de l’ère Coderre…

+ 1,3 % (non pas + 0,3 %)

Si l’on se fie au maire, l’administration Coderre-Desrochers a réussi à limiter la hausse du budget de la Ville à «seulement 0,3%». «Ce n’est pas juste un symbole, a-t-il dit, c’est la preuve qu’il y a eu des efforts importants de notre part.»

Vrai, il y a eu des «efforts importants», mais il y a aussi eu un peu d’aide du gouvernement et du contexte politique, avouons-le.

D’abord, la véritable hausse du budget n’est pas de 0,3 %, mais de 1,3 % si l’on met de côté un changement comptable du gouvernement qui ne rembourse plus la TVQ aux municipalités de la même façon. Je vous épargne les détails, mais cela a fait «disparaître» tout près de 50 millions $ des dépenses de la Ville!

Ensuite, le contexte politique a donné un petit coup de pouce à l’administration qui profite d’une baisse soudaine du coût des travaux en raison des révélations faites à la commission Charbonneau. «Cela nous a aidés à contrôler nos dépenses», reconnaît du bout des lèvres le président du comité exécutif, Pierre Desrochers.

Cela dit, je ne voudrais pas avoir l’air rabat-joie. Même avec une hausse des dépenses corrigée à 1,3 %, on voit que la Ville a travaillé fort pour juguler le budget. Juste pour vous donner une idée de l’effort fourni, les dépenses des administrations passées ont augmenté de 2,7 % (2013), 5,12 % (2012), 5 % (2011) et 5,6 % (2010)…

- 20,1 M $ (non pas un gel)

Une des façons privilégiées par la Ville pour réduire ses dépenses a été un gel des budgets transmis aux arrondissements. Mais ce gel est bien relatif puisqu’il ne s’est pas traduit par un gel des comptes de taxes pour autant, bien au contraire…

En choisissant de garder les budgets des arrondissements au même niveau plutôt que de les indexer, la Ville a en effet demandé un «effort global» de 20 millions $ à ces derniers. Un 20 millions $ qui correspond à un manque à gagner.

Normal quand on sait que la ville-centre a aussi participé à l’effort en réduisant les budgets des services centraux de 60 millions $? Peut-être, mais un coup d’œil à la multiplication des taxes locales (qu’on appelle taxe relative aux services, c’est-à-dire une taxe foncière aux immeubles imposables) donne à penser que plusieurs arrondissements sont au bout du rouleau, et que cet effort est dur à donner.

Globalement, les conseils d’arrondissement ont augmenté les revenus des taxes de services de 13 %, ce qui se traduit localement par des hausses parfois très salées. Mercier-Ho-Ma, par exemple, a haussé sa taxe de 23 %, Saint-Léonard de 30 %, Anjou de 65 % et Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles de… 108 % !

Si l’on prend ce dernier arrondissement comme cas de figure, la Ville peut se vanter d’avoir réduit les taxes de RDP-PAT de 0,2 %… mais la variation de la taxe locale fait bondir le compte de 5,5 %. Résultat pour le compte de taxes du contribuable de cet arrondissement : une hausse non négligeable de 5,3 %…

+ 2,8 % (non pas + 1,9 %)

Le maire Coderre soutient avoir respecté son engagement de limiter la hausse de taxe globale à 2 %. «Nous avons rempli notre promesse en limitant la hausse à 1,9 %», a-t-il dit.

Ce qui est techniquement exact.

Mais cela, encore une fois, est sans tenir compte des hausses des taxes de services en arrondissement, qui font bondir les charges fiscales des contribuables. «Nous avons limité ce qui est sous notre contrôle», s’est défendu le maire.

C’est à moitié vrai, comme l’a démontré le point précédent. C’est la ville-centre qui décide des budgets des arrondissements. Il est donc difficile d’imputer à ces derniers l’entière responsabilité de la hausse des taxes locales, qui servent bien souvent à combler ce que la Ville ne leur donne pas ou ne leur donne plus.

Il faut donc regarder le budget de la Ville et des arrondissements plus globalement… tout comme on doit regarder plus globalement les hausses de taxes. «Ça sort de la même poche», comme dirait Denis Coderre.

Ainsi corrigées, les hausses de taxes ne sont donc plus de 1,9 %, comme on le soutient, mais bien de 2,8 %. Fait à noter : ce calcul n’apparaît nulle part dans le budget distribué ce matin. Pire, la Ville a laissé un blanc, comme vous le voyez ci-dessous, au bas de la colonne «variation des charges fiscales totales»!

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Samedi 25 janvier 2014 | Mise en ligne à 7h53 | Commenter Commentaires (112)

L’omnimaire Coderre veut-il trop en faire?

Photo: Andre Pichette

Photo: Andre Pichette

Je suis déchiré.

D’un côté, j’apprécie l’hyperactivité de Denis Coderre qui tranche avec l’attitude flegmatique de son prédécesseur. J’aime le côté touche-à-tout de ce nouveau maire qui ne pourra jamais dire «je ne savais pas». Je salue ses nombreuses initiatives qui visent à redresser la ville.

Mais d’un autre, je me demande si à trop embrasser il ne finira pas par mal étreindre. Je m’interroge sur la pertinence de lancer autant de chantiers simultanément. Je m’inquiète du «micromanagement» d’un maire qui veut tout faire.

Comprenez-moi bien, j’aime beaucoup ce que je vois à l’hôtel de ville depuis le 3 novembre dernier. Je n’étais pas un fan de la première heure, comme vous savez, mais je dois avouer que je n’ai pas grand-chose à redire jusqu’ici.

Mis à part la nomination partisane de Philippe Schnobb et l’utilisation excessive de phrases creuses (je pense l’avoir entendu dire «généreux, mais pas naïf» 78 fois…), je considère en effet que le maire Coderre, jusqu’ici, a su choisir les bonnes personnes, prendre les bonnes décisions, lancer les bons messages, etc.

Je dois même avouer être impressionné par la rapidité avec laquelle il s’est installé aux commandes, s’est placé les deux mains sur le volant, a pris le contrôle de «sa» Ville (a-t-il d’ailleurs dit dans un élan drapeauiste).

Mais j’ai néanmoins une inquiétude.

Une inquiétude que je ressens depuis un certain temps, mais qui a gagné en intensité jeudi, en écoutant le discours inaugural de M. Coderre en tant que président de la Communauté métropolitaine de Montréal.

Et si à vouloir trop en faire, il finissait par ne pas faire grand-chose?

On l’a vu avec le président Sarkozy en France (avec qui M. Coderre partage une affinité hyperactive) : en multipliant les priorités, en voulant éteindre lui-même tous les feux, en chassant chaque enjeu par un enjeu plus pressant, il a fini son mandat sans grandes réalisations (et sans être réélu…).

Je ne dis pas que c’est le sort qui attend Denis Coderre, évidemment, mais je m’interroge sur cette stratégie «sarkoïste» qui consiste à être partout, tout le temps, à lancer chaque jour une nouvelle priorité, sans avoir de «priorité prioritaire»…

Pour l’émission C’est pas trop tôt, il y a quelques jours, j’ai dressé la liste des enjeux qualifiés prioritaires par le maire Coderre depuis l’automne dernier et j’en ai trouvé une bonne dizaine, allant des régimes de retraite à l’inspecteur général, en passant par le transport en commun, l’itinérance, le citoyen (!), la sécurité des chauffeurs de taxi, les salons de massage érotique, etc.

À ce rythme, il atteindra les 200 priorités avant la prochaine élection…

Est-ce un problème en soi? C’est là où je suis déchiré.

L’«omnimaire», comme l’appelle Marie-France Bazzo, peut très avoir une immense capacité de travail et une facilité à déléguer une fois le sujet lancé. Il peut être très bien entouré. Il peut donc être à la fois un maire excessivement actif ET un bon maire.

Mais il peut aussi se perdre chaque jour dans l’urgence de la dernière crise…

C’est d’ailleurs l’avertissement qu’avait formulé aux candidats l’ancien maire de New York Rudy Giuliani, lors de son passage à Montréal à la veille des élections. Il avait affirmé qu’il n’y a rien de plus dangereux pour un maire que d’être pris en otage quotidiennement par l’actualité.

Il avait alors fait une comparaison avec un bateau. Le capitaine doit donner le cap et se diriger dans cette direction, peu importe ce qui arrive. Sinon, le bateau va se laisser pousser au gré des vents et partir dans toutes les directions.

Un risque pour le maire Coderre, selon vous?

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Vendredi 24 janvier 2014 | Mise en ligne à 7h12 | Commenter Commentaires (56)

Champlain aura des haubans, comme le Viaduc de Millau…

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Les architectes n’ont pas encore fixé leurs directives et pourtant, on a déjà une idée de ce à quoi ressemblera le futur pont Champlain, allez comprendre…

La semaine dernière, le ministre Lebel a en effet précisé qu’il s’agirait d’un pont en béton avec des haubans au-dessus de la voie maritime.

Sans en dire plus. Et sans montrer de dessins.

Or les amateurs du Viaduc de Millau seront contents, car en fouillant un peu dans les documents produits récemment en vue de la construction du pont Champlain II (qu’Ottawa appelle affectueusement «Le nouveau pont pour le Saint-Laurent» ou NPSL pour les intimes), j’ai trouvé quelques dessins qui nous donnent une idée de ce qui risque d’être construit. Des esquisses réalisées par nul autre que l’ingénieur Michel Virlogeux, celui-là même qui a conçu le célèbre viaduc (il a été dessiné par l’architecte Norman Foster, cela dit).

Ayant été embauché à contrat par le consortium BCDE (constitué des firmes BPR, Cima +, Dessau et Egis Structures et Environnement), l’ingénieur français a en effet esquissé plusieurs options différentes, dont certaines à haubans.

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Ce ne sont que des dessins préliminaires (tant ceux qu’il a faits à la main que par ordinateur), mais ils donnent une idée de ce vers quoi se dirige le fédéral. Bien que ce soit le scénario préféré de M. Virlogeux, je présume que le pont à haubans à deux pylônes décalés et deux chaussées (ci-dessous) est à oublier avec l’intégration d’un SLR au centre de la structure.

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Dommage, car comme le précise l’ingénieur, ce serait «un ouvrage beaucoup plus original, sans la moindre structure comparable dans le monde».

Mais j’imagine qu’il serait possible de conserver l’idée du pont à un seul pylône (ci-dessous), option que l’ingénieur français affectionne aussi. «Un pylône unique, de grande hauteur (de l’ordre de 75 à 80 mètres au-dessus du tablier), constituerait un signal fort à l’ouest de Montréal, alors que les solutions à deux pylônes ne pourraient en aucun cas jouer ce rôle du fait de leur taille plus réduite».

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M. Virlogeux ajoute plus loin dans le rapport : «il ne faut pas oublier que le pont Champlain est un ouvrage majeur pour la Ville de Montréal et qu’il ne doit pas être traité comme un ouvrage banal».

À la bonne heure…

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