Le blogue de François Cardinal

Archive, décembre 2013

Jeudi 26 décembre 2013 | Mise en ligne à 9h10 | Commenter Commentaires (47)

La politique du «ni-ni», appliquée à la ville…

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L’initiative des ruelles blanches de Rosemont n’est certainement pas le plus important projet de 2013. Mais c’est néanmoins mon coup de cœur…

En un mot, l’administration de François Croteau a décidé d’appliquer dans ses nombreuses ruelles une politique de «non-ingérence, non-indifférence» qui permet aux citoyens de prendre collectivement possession de ces terrains de jeu potentiels.

Bravo!

On se rappellera que l’année a débuté avec le geste malheureux de quelques cols bleus de l’arrondissement Villeray qui ont décidé de répondre à la plainte d’un seul citoyen en répandant des abrasifs sur deux patinoires artisanales aménagées dans une ruelle par des parents dégourdis.

Cette bourde a eu le mérite de forcer la réflexion sur l’avenir de ces éléments du domaine public qui servent trop souvent de stationnement. Villeray a ainsi réfléchi à la chose durant l’année pour finalement adopter, début décembre, une résolution permettant l’utilisation des ruelles à des fins récréatives durant la période hivernale.

Mais plus intéressante encore est l’approche poussée parallèlement par l’arrondissement Rosemont, qui a décidé de donner aux citoyens la part du domaine public qui lui revient, à l’année longue.

La réflexion se mène depuis 2010, il est vrai, mais c’est néanmoins en 2013 qu’elle s’est élargie aux quatre saisons avec la création des ruelles blanches, suite à l’expérience malheureuse de Villeray.

Tout a débuté il y a trois ans avec l’idée de permettre aux citoyens de gérer eux-mêmes les ruelles et les jardins de rues (ces carrés parfois asphaltés, parfois gazonnés, qui se situent en façade de maison entre la rue et le trottoir).

«La première étape a été de trouver une formule permettant aux citoyens de couper eux-mêmes le béton et l’asphalte dans les ruelles, explique le maire Croteau. Ce qui fut fait grâce à une coordination avec les travaux publics et l’éco-quartier.»

En soi, cela est un exploit. L’arrondissement a alors identifié les lieux où les citoyens peuvent couper l’asphalte sans nuire à la sécurité et aux infrastructures souterraines. Puis il a permis la fermeture partielle de certaines ruelles sans nuire à la circulation des véhicules d’urgences et des citoyens.

Pour appliquer son approche «ni-ni», l’arrondissement a tout de même dû élaborer certaines règles minimales. Les citoyens qui veulent aménager une ruelle verte doivent ainsi obtenir l’approbation de 50% + 1 des riverains.

Très rapidement, le projet a fait boule de neige, si bien que 50 ruelles vertes ont été ainsi aménagées en trois ans. Et tout près de 30 s’ajouteront en 2014.

La même stratégie fut ensuite adoptée pour les jardins de rues devant les logements, là où les citoyens peuvent maintenant retirer de l’asphalte et aménager des potagers dans les saillies de trottoirs verdies.

«Les citoyens peuvent installer des tuteurs pour protéger leur jardin des chenillettes l’hiver, précise le maire. Du coup, on diminue la quantité d’espaces déneigés pour protéger la verdure.»

Tout naturellement, les ruelles blanches étaient les suivantes sur la liste des secteurs profitant de cette «non-ingérence, non-indifférence». Les mêmes règles s’appliquent en hiver comme en été, ce qui permet maintenant aux citoyens d’aménager des patinoires, des châteaux forts, voire d’énormes glissades en bois avec escaliers pour y monter, comme dans cette ruelle située entre les rues Holt et Dandurand…

«On peut qualifier cela de démocratie directe, selon M. Croteau. L’État se retire presque totalement du processus et donne la responsabilité aux citoyens, qui ont aussi à s’assurer d’éliminer les nuisances et de garantir la sécurité des installations.»

Intéressant, une initiative qui peut plaire autant aux gens de droite que de gauche!

On a là tous les bienfaits de l’approche anglo-saxonne de la «community». On a les ingrédients nécessaires au développement d’un esprit de quartier. On a la naissance d’un fort sentiment d’appartenance à l’arrondissement. Et ce, sans que ce dernier n’impose quoi que ce soit puisque les projets émanent d’en bas, non pas d’en haut.

Voilà pourquoi il s’agit de mon coup de cœur local de l’année.

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Samedi 21 décembre 2013 | Mise en ligne à 9h13 | Commenter Commentaires (116)

Artères commerciales: à trop répéter que ça va mal…

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Les Anglais appellent cela une self-fulfilling prophecy, c’est-à-dire une prophétie qui se réalise d’elle-même, simplement parce qu’on l’a prophétisée.

Il y a à mon avis un peu de cela dans les inquiétudes exprimées par les commerçants au sujet de l’état de santé des artères de Montréal, comme Sainte-Catherine et Mont-Royal. Certaines affichent quelques indicateurs inquiétants, des locaux vacants, un temps de location qui s’allonge et des prix qui baissent.

Mais les voyants ne sont pas au rouge, du moins pas pour l’instant, selon JoAnne Labrecque, professeure aux HEC, et Jean-François Grenier, directeur principal du Groupe Altus.

Certaines artères vont bien, comme Masson et Fleury, et d’autres rencontrent certaines difficultés, comme Saint-Denis et Sainte-Laurent, ce qui s’explique par plusieurs facteurs, notamment la concurrence féroce de la banlieue. Si elles ne réagissent pas, elles pourraient donc en pâtir véritablement (j’en parle en édito).

Mais pour l’heure, soutiennent ces experts, leur situation demeure tout de même enviable.

Leur situation est en effet enviable quand on regarde l’ensemble des artères. Elle est beaucoup plus enviable qu’à d’autres époques. Elle est plus enviable que dans bien des villes nord-américaines. Et surtout, elle est plus enviable que ce qu’on entend à tout bout de champ…

Prenez Mont-Royal. À en croire les hauts cris des commerçants anti-Ferrandez, ce dernier aurait tué l’avenue en faisant disparaître tous les stationnements et en transformant les rues en sens uniques.

Vrai que les interventions de l’arrondissement ont imposé certains changements dans le secteur. Vrai qu’ils ont rendu la circulation et le stationnement plus difficile. Mais jamais autant qu’on l’entend sur toutes les tribunes.

Bien qu’elle ait ses difficultés, l’avenue va en effet mieux que ce qui est colporté, confirme JoAnne Labrecque. Quant à Jean-François Grenier, il reconnaît que certains détaillants ont vu leur chiffres d’affaires diminuer, mais il estime que dans l’ensemble, la situation commerciale de l’avenue est loin d’être désastreuse.

Et pourtant, ce sont les commerçants eux-mêmes qui affirment sur toutes les tribunes que le Plateau est rendu impossible et impraticable. Un message qui se répand partout sur l’île et en banlieue, rendant moins invitante une artère qui conserve pourtant ses charmes.

Mais qui veut vraiment prendre sa voiture un weekend pour allez voir si les critiques des commerçants sont réellement fondées? «Allons ailleurs, chéri, se disent les clients-de-l’avenue-qui-n’en-sont-plus. «Allons sur Masson ou Fleury, ou encore mieux au DIX30. Jamais entendu une critique des commerçants, là-bas…»

Le phénomène (qui ressemble à la pub Hygrade, mais à l’envers…) n’est pas propre au Plateau. On l’observe aussi ailleurs, notamment au centre-ville.

La rue Sainte-Catherine est fort dynamique. Ses trottoirs sont bondés. Elle a encore tout un pouvoir d’attraction, comme en font foi toutes ces bannières prestigieuses qui s’offrent du pied carré dans le secteur le plus coûteux de la ville.

Certes, il y a quelques locaux vides, notamment le 900 Sainte-Catherine Ouest, inoccupé depuis le départ d’Esprit l’an dernier. Mais la difficulté de trouver un locataire pour un édifice de 11 000 pieds carrés ne signifie pas que le secteur est moribond, loin de là.

La rue Sainte-Catherine va en effet plutôt bien, affirment en effet JoAnne Labrecque et Jean-François Grenier, selon qui la plus célèbre artère de Montréal conserve son fort magnétisme.

Et pourtant, qu’a soutenu le président de Destination Centre-Ville, André Poulin, cette semaine? «Ce n’est pas nécessairement payant de faire des affaires au centre-ville de Montréal parce que les coûts sont élevés.»

J’ai déjà vu meilleur pitch de vente pour une société de développement commercial!

Finalement, ce que les commerçants du Plateau font avec leurs clients potentiels, la SDC du centre-ville le fait avec ses locateurs potentiels : elle leur fait peur à coup d’affirmations qui ne rendent pas justice à la situation, moins alarmante qu’il n’y paraît.

Et après, parions que tout ce beau monde se plaindra le jour où ces prophéties finiront par se réaliser d’elles-mêmes…

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Mercredi 18 décembre 2013 | Mise en ligne à 10h34 | Commenter Commentaires (143)

Des stationnements «incitatifs»… payants?

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Des stationnements «incitatifs», mais payants.

Il y a quelque chose d’antinomique dans cette phrase. On souhaite «inciter» les automobilistes à se stationner dans ces espaces voisinant les gares et terminus, puis on les «désincite» en leur demandant de payer pour…

Et pourtant, c’est ce que souhaite faire l’AMT, dès le mois d’avril prochain, sur certaines cases de certains stationnements dans le cadre d’un projet-pilote.

«L’objectif est double, explique Pierre-Luc Paquette, porte-parole de l’Agence. Un objectif financier, car nous avons atteint un point de saturation budgétaire, et un objectif de régulation des stationnements, car nous avons là aussi atteint un point de saturation.»

Je comprends tout à fait le but, ou plutôt les buts visés. L’AMT n’a pas plus de revenus, mais elle voit ses services augmenter (Train de l’Est, par exemple). Quant aux stationnements, ils sont pleins à 75 %, et ce, dès les petites heures du matin.

À Deux-Montagnes, par exemple, les 2000 places se remplissent dès 7h15, parfois plus tôt. Pour être sûrs d’avoir une place, certains automobilistes se rendent même au stationnement très tôt, quitte à dormir en attendant le premier départ de train…

D’où l’idée d’une tarification qui permettrait une meilleure régulation de l’achalandage, tout en augmentant les revenus de l’AMT.

Pour ou contre?

J’ai posé la question à Justin Leroux, un professeur de HEC Montréal qui s’intéresse aux questions d’équité économique. Il est plutôt favorable à l’idée.

«L’achalandage est tel que le bon fonctionnement des stationnements incitatifs est menacé, estime-t-il. On est en présence de ce que les économistes appellent l’arbitrage entre équité et efficacité.»

Donc faisons payer, à la fois pour atteindre une plus grande efficacité et une plus grande équité, à son avis. L’introduction d’un tarif raisonnable pourrait ainsi permettre une meilleure régulation de l’achalandage et ainsi rendre les conditions d’utilisation du service plus acceptables.

Peut-être. Mais je ne suis pas, pour autant, en faveur d’une tarification des stationnements incitatifs.

Bien que je comprenne tout à fait les objectifs visés, je m’oppose à la solution préconisée parce qu’elle envoie un mauvais message (pour ne pas dire un message contraire aux orientations du gouvernement), mais aussi parce que cette tarification est inéquitable.

Le problème, c’est que l’Agence entend demander aux usagers de payer pour un équipement existant, sans ajout de services (le Train de l’est n’ajoute rien aux usagers des autres lignes). Ça ne tient pas, surtout quand on augmente les tarifs chaque année.

Ça tient d’autant moins qu’on demande aux usagers du transport en commun de payer davantage… alors que les automobilistes, eux, refusent de le faire.

Les résidents de l’île de Montréal payent en effet un surcoût de 45 $ sur leur immatriculation pour le transport en commun depuis quelques années, mais les banlieues s’entêtent à ne pas suivre.

On demande ainsi aux automobilistes de Montréal et aux usagers du transport en commun de payer plus pour désengorger un réseau routier qu’utilisent… les automobilistes de la banlieue, qui eux ne veulent pas payer davantage!

Oui, il y a un problème de saturation des stationnements. Mais face à une telle demande, la réponse ne devrait pas être l’imposition d’une tarification à ceux qui font ce que l’«incitatif» les incite à faire.

Si le gouvernement est conséquent avec son message, qu’il aide rapidement l’AMT à répondre à la demande (plus de stationnements, plus de départs, etc.) plutôt que de lui permettre de la limiter.

Et vous, la tarification des stationnements incitatifs, vous êtes pour ou contre?

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