Le blogue de François Cardinal

Archive, mars 2013

En marchant dans les rues de Griffintown, l’autre jour, mon fils s’arrête devant un chantier, regarde les superbes images modélisées servant à attirer l’attention des acheteurs et me pose la question : «dis, papa, comment ils savent à quoi ressemblera le futur?»

Je me suis gardé de lui dire que ces rendus informatiques sont utopiques, qu’il n’y aura probablement pas autant de piétons souriants et de cyclistes que l’image le prétend. Je lui ai plutôt répondu qu’ils dépeignent de futures scènes urbaines comme on se les imagine.

C’est à cet échange que j’ai pensé, hier, en visionnant à nouveau la vidéo du ministère des Transports sur le projet Turcot. Présentant les grandes lignes de la reconstruction telle que proposée par les libéraux en 2010, et confirmée par les péquistes lundi dernier, les fonctionnaires ont réussi à intégrer au projet plein de choses… qui ne sont tout simplement pas dans le projet!

1) Dans les premières minutes (1:34), la voix hors champ vante les «400 000 m2 à développer» et les «milliards en retombées projetées». Or tous ces beaux bâtiments que l’on voit émerger en bordure du canal ne verront presque certainement jamais le jour.

Regardez bien les images. Les constructions se trouvent exactement là où bon nombre d’industries lourdes ont aujourd’hui leurs locaux, leurs cours, leurs entrepôts. «Or on fait quoi avec toutes ces industries, demande Richard Bergeron de Projet Montréal. On pense les exproprier? Décontaminer les sols? Pour accélérer la désindustrialisation de Montréal?» Pourtant, il n’y a rien dans les cartons du MTQ ou de la Ville à cet effet. La preuve, c’est que les bâtisses résidentielles disparaissent un peu plus loin dans la vidéo (2:00)…

2) On nous présente aussi dans la vidéo (1:42) un beau tramway moderne roulant sur un tapis de gazon qui se poursuit jusqu’à l’infini. On vante aussi l’existence d’un «éventuel tramway» avec «corridors protégés» (2:37)… en montrant l’image d’un tramway qui roule dans le Vieux-Montréal!

Encore une fois, il n’y a aucun projet de tramway en cours, rien de la sorte dans le budget du projet Turcot, pas même une intention exprimée par la Ville à cet effet.

3) Poursuivons. On mousse ensuite les mérites d’«un quartier à échelle humaine + vie de quartier + proximité» sans préciser de quoi il s’agit. Dans le projet, l’unique secteur résidentiel dont on parle est celui de la Côte-Saint-Paul, là où on retrouvera les remblais et les murets, précise la conseillère municipale Véronique Fournier de Vision Montréal. Rien de bien idyllique…

4) On montre aussi la falaise Saint-Jacques (2:04), au pied de laquelle se trouvent une piste multifonctionnelle et un milieu humide. Fort bien, mais quand on sait que le gouvernement entend enclaver l’escarpement en rapprochant la cour de triage et l’autoroute 720 à moins de 30 mètres, il est pour le moins hypocrite de parler d’une «mise en valeur de l’écoterritoire». On ne le valorise pas avec ce projet, on l’enferme. Et on s’assure ainsi de ne plus jamais rien faire de ce secteur riche sur le plan historique et naturel.

Également, ne risque-t-on pas de créer un coupe-gorge avec cette piste cyclable enclavée? On parle ici d’un sentir de plus de 4 kilomètres coincé entre la clôture Frost de la future cour de triage et l’imposant escarpement. Invitant…

5) Au milieu de la vidéo (2:31), on souligne aussi l’existence de «corridors protégés» pour accueillir une «navette aéroportuaire complémentaire à un train de l’ouest». Or y a-t-il encore quelqu’un qui croit à cette navette, à part Aéroports de Montréal je veux dire?

6) On termine la vidéo (3 :42) avec un beau slogan, «Un projet aux couleurs de Montréal», façon pour le MTQ de répondre à ceux qui lui reprochent son manque de sensibilité locale. Or cela est bien loin de la réalité. Gérald Tremblay avait peut-être accepté le projet du bout des lèvres, mais les réactions de l’administration de coalition ainsi que celle des partis d’opposition, à l’époque et aujourd’hui, montrent bien comment le projet passe mal dans la métropole

On voit là, encore une fois, comment les images de modélisation projettent non pas un futur en devenir, mais une utopie qui risque d’être bien loin de la réalité en 2020. On souligne sur le site Turcot.gouv.qc.ca qu’«une vidéo à jour sera disponible sous peu». Espérons qu’elle sera moins portée sur la publicité trompeuse, cette fois…

Vous y croyez, vous, à ces images idéalisées?

Lire les commentaires (31)  |  Commenter cet article






PX073_5E99_9

Je poursuis mes efforts pour dénicher de nouveaux candidats pour la mairie…

Je vous parlais la semaine dernière de MM. Labrecque, Fortier, Coderre et Legault, en vous demandant d’autres noms potentiels. J’ai lancé quelques perches aux personnes citées, j’y reviendrai donc.

Mais une chose m’a surpris dans vos commentaires : l’absence de femmes.

Louise Harel est bel et bien en lice pour l’instant, mais les noms d’autres candidates venant de l’extérieur se font rares, pour ne pas dire rarissimes.

À travers les branches, au cours des dernières semaines, on m’a parlé de deux personnes possiblement intéressées, Diane Lemieux et Josée Legault, et d’une autre qui pourrait le devenir, Lise Thériault.

J’ai donc vérifié auprès de ces quatre personnalités…

L’ancienne ministre et ex-chef de cabinet du maire Tremblay Diane Lemieux ne ferme pas la porte à double tour. Mais pour l’instant, elle estime que les conditions, sur les plans professionnels et personnels, ne sont pas réunies pour une candidature en 2013. Le fait qu’elle ait à clore le délicat dossier du placement syndical avant l’automne l’empêche, notamment, d’envisager la mairie à court terme. «J’aurais l’impression de partir en plein milieu d’un important mandat», a-t-elle dit.

La chroniqueuse politique Josée Legault, elle, rêve-t-elle de faire le saut à la mairie, ou du moins en politique municipale comme le veulent certaines rumeurs? «Pas du tout, répond-elle. Je n’ai absolument aucune ambition politique. Je suis flattée qu’on pense à moi, mais mon métier est d’analyser la politique, pas d’y être.»

Même son de cloche auprès de l’ancienne ministre libérale et actuelle députée d’Anjou-Louis-Riel, Lise Thériault. Bien que son candidat à la chefferie, Raymond Bachand, ait mordu la poussière, «la politique provinciale est ce qui l’anime aujourd’hui». «Mme Thériault n’est pas intéressée par une candidature, précise sa porte-parole, Sofia Benzakour. Elle est pleinement satisfaite de son rôle de députée.»

Lire les commentaires (30)  |  Commenter cet article






Mercredi 27 mars 2013 | Mise en ligne à 7h45 | Commenter Commentaires (84)

La bonne entente est-elle possible entre Anglos et Francos?

gedi

«Les relations anglo-franco fonctionnent très bien en pratique, mais moins en théorie.»

La phrase est de Josh Freed, le chroniqueur de la Gazette qui m’accompagnait lundi soir, lors d’une rencontre organisée par le groupe Génération d’idées. Nous étions tous deux «mentors» pour une séance de remue-méninge sur la langue intitulé : «Pour mieux s’entendre».

La quarantaine de personnes présente était invitée à «faire la démonstration que la bonne entente est possible entre anglophones et francophones».

Exercice fascinant, surtout dans un contexte où les tensions semblent grandissantes sur la question. Des deux côtés de la clôture.

Une partie des Francos pousse le PQ à multiplier les mesures coercitives pour redonner au français une place prépondérante, tout en réagissant très mal à ce qui leur semble être des reculs. Tandis qu’une partie des Anglos digèrent mal l’élection du PQ, ainsi que son projet de loi 14.

On le voit dans les échanges sur les réseaux sociaux, dans la création de groupes comme Put Back the Flag et Equality Party 2.0, dans les réactions qui ont suivi la suggestion du ministre Lisée d’avoir un accueil bilingue dans les stations de métro du centre-ville, dans les réactions au blogue invité de lundi, etc.

Un bon exemple est survenu jeudi dernier, lors d’un débat en anglais organisé par CBC Montreal. Les échanges entre les panélistes (Jean-François Lisée, Kevin Tierney, Aislin…) étaient fascinants, mais ils étaient très souvent enterrés sous les chahuts des spectateurs (et d’Anne-France Goldwater, qui multipliait les impolitesses), manifestement enragés contre le représentant du PQ…

Donc, que faire pour bâtir des ponts au moment où plusieurs s’évertuent à les brûler?

Voici quelques suggestions faites, pêle-mêle, après deux heures de réflexion intense par petits groupes :

- Intégrer des anglophones dans les émissions francophones, et vice-versa,

- Subventionner les activités culturelles et sportives qui rapprochent les communautés linguistiques,

- Développer de meilleures structures d’accueil pour les immigrants,

- Appliquer la loi 101, plutôt que de tenter de l’élargir,

- Instaurer des écoles primaires bilingues,

- Créer des programmes d’échanges entre Montréal et les différentes régions du Québec,

- Favoriser les occasions de bénévolat dans l’autre communauté linguistique,

- Traduire certains articles de La Presse en anglais, et certains articles de The Gazette en français,

- Dresser une liste des similitudes qui existent entre les Anglos et les Francos qui résident à Montréal,

- Nommer des ambassadeurs biculturels, comme Sugar Sammy ou Josh Freed.

Les idées sont donc nombreuses, et touchent à différents aspects de la vie montréalaise. Personnellement, aussi intéressante soit cette liste, je trouve qu’il manque une chose : des mesures pour ramener les francophones sur l’île.

Car l’exode se poursuit, comme l’a révélé lundi l’Institut de la statistique du Québec. Un exode qui «défrancise» l’île de Montréal, réduit la mixité linguistique et diminue les occasions d’échange, justement. D’où la nécessité de s’attaquer à cet enjeu aussi.

Cela dit, rappelons que les relations entre les deux communautés sont toujours très bonnes aujourd’hui, malgré une escalade des inquiétudes croissantes de part et d’autre. En pratique, dans la rue, les cafés, les places publiques, cette relation va bien.

Mais elle a encore besoin d’un peu d’aide, en théorie, pour éviter que les tensions s’emballent.

Vous en pensez quoi, de ces idées? Vous en avez d’autres?

Lire les commentaires (84)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    mars 2013
    D L Ma Me J V S
    « fév   avr »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives