
Avez-vous remarqué? Nous sommes un peu moins susceptibles qu’il y deux ans au sujet de la corruption galopante au Québec.
En septembre 2010, le magazine Macleans avait provoqué une réaction monstre en titrant en une «Quebec : The most corrupt province».
Or la semaine dernière, à la suite de la rafle de l’UPAC à l’hôtel de ville de Montréal, le New York Times a publié sur son site un texte tout aussi insultant sous un titre tout aussi cinglant : «The Sopranos of Montreal».
Et pourtant, aucune réaction.
Le journaliste a beau faire un lien direct entre les agissements de la mafia à Montréal et celle de la célèbre famille de mafiosi du New Jersey, il a beau qualifier le Canada de modèle incorruptible et la métropole québécoise de mouton noir au pays, les médias d’ici n’ont à peu près pas fait mention de l’article.
Est-ce parce que l’article n’a pas été publié dans le journal papier? Est-ce parce qu’on se garde «une p’tite gêne» maintenant qu’on saisit mieux l’ampleur du problème? Ou est-ce le lien avec les Soprano qu’on trouve à la fois sympathique… et plutôt véridique?
Pour les initiés, il y a en effet plusieurs ressemblances entre la situation à Montréal et celle, fictive, dépeinte dans le New Jersey. Le Devoir en notait quelques-unes hier matin : les intérêts de la famille mafieuse dans la construction, les négociations à coup de menaces, l’omerta scrupuleusement respectée…
Allons plus loin. Il s’agit dans les deux cas de familles italiennes aux tentacules nombreuses, Rizzuto dans un cas, Soprano dans l’autre. Certains membres de la famiglia sont truculents, comme Silvio Dante et Nicolo Milioto, qui apprécient autant les espressos l’un que l’autre. La maison lavaloise de Milioto semble aussi luxueuse que celle de Tony Soprano.
Les activités illégales sont fortement intégrées à l’économie légale, en plus d’être diversifiées : construction, restauration, drogues. Elles ne sont pas étrangères à un certain nombre de règlements de compte, d’exécutions, de cadavres.
Le Consenza a son pendant, le club de danseuses Bada Bing qui joue le rôle de quartier général. Les micros cachés au Consenza rappellent ceux que la police a caché dans une lampe de la maison des Soprano.
Le parrain et ses acolytes ont leurs habitudes dans un restaurant tout à fait respectable et hors de reproche du New Jersey, le Nuovo Vesuvio, comme à Montréal dans le 357 C. Ils font payer un pizzo aux commerçants. Ils sont acoquinés avec des élus. Ils ont des intérêts dans les changements de zonage. Ils exigent des extras (quoi que dans la fiction, on n’a pas osé évoquer un taux de 85%…).
Ce qu’on ne sait pas, par contre, c’est si Vito Rizzuto est suivi par une psy…
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