Quel avenir pour Montréal?

Archive du 25 février 2013

Lundi 25 février 2013 | Mise en ligne à 7h30 | Commenter Commentaires (8)

Dimitri Roussopoulos: «réparer la confiance brisée»

Chaque lundi, un blogueur invité a pour mandat de nous dire de quoi Montréal a besoin. Cette semaine: Dimitri Roussopoulos, vice-président de l’Institut de politiques alternatives de Montréal (IPAM) et président-fondateur du Centre d’écologie urbaine de Montréal.

X00010_9Un tremblement de terre politique a secoué Montréal en 2012. Des secousses se font encore sentir. Ce tremblement de terre a ébranlé considérablement la légitimité de l’élite politique, commerciale et professionnelle. Un récent sondage CROP nous informait d’ailleurs que la majorité des Montréalais ne font pas confiance aux élus municipaux.

Est-il possible dans l’immédiat de prendre des mesures pour réparer cette confiance brisée envers les institutions politiques et économiques urbaines ? La réponse doit être impérativement oui. La recommandation suivante reflète la perspective à court terme de l’Institut de politiques alternatives de Montréal (IPAM). Sa mise en oeuvre nécessite un leadership visionnaire.

La crise actuelle soulève la colère des citoyens contre l’abus de fonds publics, de gaspillage, et de fraude pure et simple. Que doit être fait pour rétablir la confiance publique ? Réponse : nous revendiquons transparence et participation citoyenne dans la définition des priorités de Montréal.

Un budget participatif est indispensable. Existant déjà dans quelque 240 villes et villages, incluant trois arrondissements new-yorkais, ce type de budget rend les priorités municipales transparentes par la participation citoyenne. Plusieurs organisations internationales, notamment la Banque mondiale et les Nations Unies, ont noté qu’un budget participatif met à l’épreuve la corruption.

La Commission permanente du conseil municipal sur les finances et l’administration commencera bientôt son travail. Un bon début serait que le budget triennal soit déterminé à travers un processus participatif. L’expertise sur la manière dont ce budget participatif pourrait se réaliser existe à Montréal, puisque l’expérience a déjà été menée dans un arrondissement. Des études et des livres sur le sujet ont également déjà été publiés ici. Les citoyens s’intéressent à la manière dont est dépensé leur argent. Plusieurs années doivent cependant s’écouler avant qu’ils ne soient convaincus que c’est une forme sérieuse et honnête de participation.

Le second objectif avant les élections municipales est d’organiser un Sommet de Montréal en 2013, en collaboration avec la société civile. Il est toujours utile de tenir ce genre de sommet au début d’une nouvelle administration, pour se fixer des objectifs pour le futur. Mais qu’est-il arrivé aux priorités sur lesquelles on s’était entendu au Sommet de Montréal en 2002 ?

Les discussions sur « comment financer la métropole du Québec » devraient être au coeur d’un tel Sommet. Les tentatives sont vaines de pousser le gouvernement provincial à considérer le Toronto Act – qui octroie de nouveaux pouvoirs de taxation à cette ville – comme une solution pour redéfinir les relations entre juridictions. Nous devons évoluer au-delà de nouveaux pactes fiscaux avec le gouvernement du Québec. Une redéfinition fondamentale de la relation s’impose. Si elle échouait, nous devrons revenir à une dépendance aux taxes foncières et à une situation de collusion et de corruption. Il ne suffit pas d’imposer des péages sur les ponts, ou quelques cents d’augmentation à la taxe sur l’essence.

Un Sommet 2013 lancerait un débat public sur cet enjeu crucial. Des commentateurs reprochent que le Québec soit trop taxé. L’État de New York est le plus fortement taxé des États-Unis et pourtant, en plus d’exiger des impôts fonciers, la Ville de New York perçoit un impôt sur le revenu, des taxes sur les ventes, sur les cigarettes, sur les hôtels et sur les taxis. À la lumière de cette expérience, pouvons-nous au moins initier ce débat public ?

Montréal ne manque pas de problèmes à résoudre. Les solutions ne manquent pas non plus. Nous ne devons pas craindre un vaste débat démocratique.

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