
Avez-vous lu l’entrevue de Jacques Parizeau dans le Journal de Montréal samedi dernier?
Back to 1970…
Commentant la main tendue par le ministre Lisée aux Anglophones, l’ancien premier ministre commence par tourner l’homme en dérision. Il souligne qu’il n’était nullement son bras droit et surtout, qu’à l’époque où il était son conseiller, son entourage le qualifiait péjorativement de «conseiller à l’ouverture» tant il était porté vers «les Anglais».
Y a pire défaut…
M. Parizeau qualifie ensuite de «dérive» les déclarations de Lisée sur la possibilité d’avoir des guichetiers bilingues aux stations de métro Peel et McGill.
Puis il lâche, avec dédain : «Dans toutes les sociétés, il y a des apôtres de la bonne entente. Des bon-ententistes…»
J’évoque la chose aujourd’hui en édito en ce qu’elle résume bien le conflit entre deux visions : celle qui sous-entend que les Anglophones font partie du problème, et celle qui suggère qu’ils font partie du Québec.
J’y reviens dans ce billet, étant donné le peu d’espace que j’ai en éditorial et surtout, l’importance de détailler les vertus du «bon-ententisme», dont je me fais l’apôtre justement.
Je sais que pour les Jacques Parizeau, Christian Rioux et Mathieu Bock-Côté de ce monde, il s’agit d’un mélange d’angélisme et d’à-plat-ventrisme. Une façon de pactiser avec le diable. Une approche qui ne peut qu’accélérer la disparition du français à Montréal.
Or le «bon-ententisme», à mes yeux, est plutôt une façon de maintenir la paix sociale des dernières années, mais surtout, une façon de créer un terreau plus fertile pour l’épanouissement du français à Montréal.
La menace, aujourd’hui, n’est plus «les Anglais», comme dit Parizeau. Ce n’est pas la bilinguisation de l’accueil dans quelques stations de métro. Ce n’est pas la présence de petites villes à statut bilingue.
C’est plutôt l’étalement urbain et la concentration de l’immigration internationale à Montréal : deux phénomènes concomitants qui participent non pas à l’anglicisation de l’île, mais à sa «défrancisation».
Le groupe de travail ministériel mis sur pied par Lucien Bouchard en 1999 concluait que l’avenir de la francophonie au Québec passait par le maintien d’une «masse critique» de francophones sur l’île et par davantage d’«interactions entre les groupes ethniques et le groupe majoritaire».
«Plus que les lois linguistiques, ajoutait-on, ce seront des politiques concernant, entre autres, l’immigration et le développement urbain qui influeront sur le caractère linguistique et culturel futur de Montréal.»
Le problème, c’est que les gouvernements québécois successifs, incluant ceux du PQ curieusement, ne se sont jamais vraiment intéressés à ces deux questions. Le ministre Lisée est le premier à prendre l’exode des francophones au sérieux, le premier aussi à tenter de se rapprocher des Anglophones à ce point. Reste à voir les mesures qui seront proposées, mais au moins, on y réfléchit.
Quant à l’intégration des immigrants, elle n’a jamais véritablement été une priorité. Et elle ne l’est toujours pas, hélas. On donne quelques cours de français, puis on leur souhaite bonne chance pour la suite des choses, espérant que les nouveaux arrivants se convertiront pour de bon au français et se trouveront une place sur le marché du travail.
Or plutôt que de se plaindre de ne pas pouvoir sélectionner les immigrants, peut-on s’assurer de bien intégrer ceux qui débarquent? Plutôt que de se plaindre que le français perd du terrain sur l’île, peut-on s’assurer que les Francophones aient envie d’y demeurer? Plutôt que de stigmatiser les Anglo-Montréalais qui sont demeurés ici et ont appris le français, peut-on s’en faire des complices du maintien de la langue officielle?
Le salut du français ne se trouve pas dans de nouvelles lois et mesures coercitives, mais plutôt dans une approche plus incitative que coercitive des questions linguistiques. Une approche qui mise sur la création d’un terreau fertile à l’épanouissement du français à Montréal : intégration des immigrants, rétention des francophones sur l’île et augmentation des interactions entre les groupes linguistiques.
Autant d’éléments du «bon-ententisme» qui permettraient de favoriser la place du français à Montréal plutôt que de tenter, comme on le faisait à une autre époque, d’en évacuer l’anglais.
Lire les commentaires (82) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 




