Chaque lundi, un blogueur invité a pour mandat de nous dire de quoi Montréal a besoin. Cette semaine: Marie Plourde, animatrice télé et radio, chroniqueure, blogueuse et journaliste ayant étudié en urbanisme.
J’ai toujours vu la ville comme un être vivant qui respire et frissonne au rythme de ses habitants. Particulièrement Montréal, assez grande pour nous permettre d’y voyager, mais pas assez pour s’y sentir étranger. À la fois simple et audacieuse; sympa et sophistiquée; sage l’hiver et folle en été.
Montréal grand bal de toutes les cultures, une ville profondément humaine, que j’aime.
Ainsi, Montréal possède un cœur, son centre-ville, mais celui-ci souffre d’arythmie, battant trop vite le jour et trop lentement hors des heures de travail. Tantôt abandonné, tantôt livré aux promoteurs qui construisent des tours à petits condos de luxe, vendus comme de bons placements, souvent à des intérêts étrangers. Les carences de vision, de nouveaux projets commerciaux et résidentiels tissés à même la fibre urbaine, voilà ce qu’il faudrait envisager. Saluons toutefois les efforts de revitalisation des Habitations Jeanne-Mance; les nobles intentions de l’OSBL UTILE et les quelques nouveaux développements plus propices à la famille de Griffintown, mais il reste tant à faire.
Les problèmes de circulation (transport vs aménagement urbain) sont également responsables d’une partie de l’arythmie urbaine. Or, ici on a besoin de délicates chirurgies, pas question d’imposer un remède de cheval. Pour que le cœur soit bien alimenté, il ne faut pas augmenter la grosseur des artères, ni en greffer de nouvelles, mais simplement désencombrer celles déjà existantes: tramway; système de transport en commun performant sur le futur pont Champlain; déploiement encore plus important des voies cyclables; amélioration de la fiabilité du métro et expansion de son réseau. Le transport collectif efficace permet une oxygénation nécessaire et une saine croissance à l’image de la ville.
Outre ses problèmes de cœur, Montréal se vide de son précieux sang. On déserte l’île pour des cieux de banlieue dits plus cléments. Ça frôle l’hémorragie, particulièrement du côté des jeunes familles. Si le coût exorbitant et la petitesse des logements sont les principaux responsables de cette désertion, on fait trop peu pour encourager qui y travaille et veut y vivre.
Il faut plancher sur un parc locatif abordable avec des appartements de bonne taille; stimuler l’économie locale des arrondissements en encourageant les petits commerçants. Il faut aussi reconstruire la qualité de vie immédiate des résidents avec des mesures qui augmentent la sécurité des enfants; il faut stimuler la fierté du résident; développer les loisirs et le verdissement; apaiser la circulation sur les rues résidentielles; déployer et encourager l’utilisation de garderies et d’écoles primaires de qualité à proximité. Bref, diminuer les déplacements inutiles pour favoriser la vie de quartier, l’économie locale et l’entraide entre voisins.
Montréal est un beau cas qui nécessite de nombreuses et délicates interventions, mais qui, heureusement, n’exige pas de miracle, du moins, pas encore. Elle a besoin d’une prise en charge rapide, humaine, parfois audacieuse pour lui donner dynamisme, lustre et souffle. Mais surtout, surtout, Montréal mérite qu’on la soigne avec un brin de tendresse pour qu’elle relève la tête et avance à nouveau avec fierté.
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