Le blogue de François Cardinal

Archive, février 2013

Mardi 26 février 2013 | Mise en ligne à 7h33 | Commenter Commentaires (36)

Les Soprano… à Montréal!

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Avez-vous remarqué? Nous sommes un peu moins susceptibles qu’il y deux ans au sujet de la corruption galopante au Québec.

En septembre 2010, le magazine Macleans avait provoqué une réaction monstre en titrant en une «Quebec : The most corrupt province».

Or la semaine dernière, à la suite de la rafle de l’UPAC à l’hôtel de ville de Montréal, le New York Times a publié sur son site un texte tout aussi insultant sous un titre tout aussi cinglant : «The Sopranos of Montreal».

Et pourtant, aucune réaction.

Le journaliste a beau faire un lien direct entre les agissements de la mafia à Montréal et celle de la célèbre famille de mafiosi du New Jersey, il a beau qualifier le Canada de modèle incorruptible et la métropole québécoise de mouton noir au pays, les médias d’ici n’ont à peu près pas fait mention de l’article.

Est-ce parce que l’article n’a pas été publié dans le journal papier? Est-ce parce qu’on se garde «une p’tite gêne» maintenant qu’on saisit mieux l’ampleur du problème? Ou est-ce le lien avec les Soprano qu’on trouve à la fois sympathique… et plutôt véridique?

Pour les initiés, il y a en effet plusieurs ressemblances entre la situation à Montréal et celle, fictive, dépeinte dans le New Jersey. Le Devoir en notait quelques-unes hier matin : les intérêts de la famille mafieuse dans la construction, les négociations à coup de menaces, l’omerta scrupuleusement respectée…

Allons plus loin. Il s’agit dans les deux cas de familles italiennes aux tentacules nombreuses, Rizzuto dans un cas, Soprano dans l’autre. Certains membres de la famiglia sont truculents, comme Silvio Dante et Nicolo Milioto, qui apprécient autant les espressos l’un que l’autre. La maison lavaloise de Milioto semble aussi luxueuse que celle de Tony Soprano.

Les activités illégales sont fortement intégrées à l’économie légale, en plus d’être diversifiées : construction, restauration, drogues. Elles ne sont pas étrangères à un certain nombre de règlements de compte, d’exécutions, de cadavres.

Le Consenza a son pendant, le club de danseuses Bada Bing qui joue le rôle de quartier général. Les micros cachés au Consenza rappellent ceux que la police a caché dans une lampe de la maison des Soprano.

Le parrain et ses acolytes ont leurs habitudes dans un restaurant tout à fait respectable et hors de reproche du New Jersey, le Nuovo Vesuvio, comme à Montréal dans le 357 C. Ils font payer un pizzo aux commerçants. Ils sont acoquinés avec des élus. Ils ont des intérêts dans les changements de zonage. Ils exigent des extras (quoi que dans la fiction, on n’a pas osé évoquer un taux de 85%…).

Ce qu’on ne sait pas, par contre, c’est si Vito Rizzuto est suivi par une psy…

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Lundi 25 février 2013 | Mise en ligne à 7h30 | Commenter Commentaires (8)

Dimitri Roussopoulos: «réparer la confiance brisée»

Chaque lundi, un blogueur invité a pour mandat de nous dire de quoi Montréal a besoin. Cette semaine: Dimitri Roussopoulos, vice-président de l’Institut de politiques alternatives de Montréal (IPAM) et président-fondateur du Centre d’écologie urbaine de Montréal.

X00010_9Un tremblement de terre politique a secoué Montréal en 2012. Des secousses se font encore sentir. Ce tremblement de terre a ébranlé considérablement la légitimité de l’élite politique, commerciale et professionnelle. Un récent sondage CROP nous informait d’ailleurs que la majorité des Montréalais ne font pas confiance aux élus municipaux.

Est-il possible dans l’immédiat de prendre des mesures pour réparer cette confiance brisée envers les institutions politiques et économiques urbaines ? La réponse doit être impérativement oui. La recommandation suivante reflète la perspective à court terme de l’Institut de politiques alternatives de Montréal (IPAM). Sa mise en oeuvre nécessite un leadership visionnaire.

La crise actuelle soulève la colère des citoyens contre l’abus de fonds publics, de gaspillage, et de fraude pure et simple. Que doit être fait pour rétablir la confiance publique ? Réponse : nous revendiquons transparence et participation citoyenne dans la définition des priorités de Montréal.

Un budget participatif est indispensable. Existant déjà dans quelque 240 villes et villages, incluant trois arrondissements new-yorkais, ce type de budget rend les priorités municipales transparentes par la participation citoyenne. Plusieurs organisations internationales, notamment la Banque mondiale et les Nations Unies, ont noté qu’un budget participatif met à l’épreuve la corruption.

La Commission permanente du conseil municipal sur les finances et l’administration commencera bientôt son travail. Un bon début serait que le budget triennal soit déterminé à travers un processus participatif. L’expertise sur la manière dont ce budget participatif pourrait se réaliser existe à Montréal, puisque l’expérience a déjà été menée dans un arrondissement. Des études et des livres sur le sujet ont également déjà été publiés ici. Les citoyens s’intéressent à la manière dont est dépensé leur argent. Plusieurs années doivent cependant s’écouler avant qu’ils ne soient convaincus que c’est une forme sérieuse et honnête de participation.

Le second objectif avant les élections municipales est d’organiser un Sommet de Montréal en 2013, en collaboration avec la société civile. Il est toujours utile de tenir ce genre de sommet au début d’une nouvelle administration, pour se fixer des objectifs pour le futur. Mais qu’est-il arrivé aux priorités sur lesquelles on s’était entendu au Sommet de Montréal en 2002 ?

Les discussions sur « comment financer la métropole du Québec » devraient être au coeur d’un tel Sommet. Les tentatives sont vaines de pousser le gouvernement provincial à considérer le Toronto Act – qui octroie de nouveaux pouvoirs de taxation à cette ville – comme une solution pour redéfinir les relations entre juridictions. Nous devons évoluer au-delà de nouveaux pactes fiscaux avec le gouvernement du Québec. Une redéfinition fondamentale de la relation s’impose. Si elle échouait, nous devrons revenir à une dépendance aux taxes foncières et à une situation de collusion et de corruption. Il ne suffit pas d’imposer des péages sur les ponts, ou quelques cents d’augmentation à la taxe sur l’essence.

Un Sommet 2013 lancerait un débat public sur cet enjeu crucial. Des commentateurs reprochent que le Québec soit trop taxé. L’État de New York est le plus fortement taxé des États-Unis et pourtant, en plus d’exiger des impôts fonciers, la Ville de New York perçoit un impôt sur le revenu, des taxes sur les ventes, sur les cigarettes, sur les hôtels et sur les taxis. À la lumière de cette expérience, pouvons-nous au moins initier ce débat public ?

Montréal ne manque pas de problèmes à résoudre. Les solutions ne manquent pas non plus. Nous ne devons pas craindre un vaste débat démocratique.

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Samedi 23 février 2013 | Mise en ligne à 8h23 | Commenter Commentaires (82)

Parizeau contre Lisée: back to 1970…

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Avez-vous lu l’entrevue de Jacques Parizeau dans le Journal de Montréal samedi dernier?

Back to 1970…

Commentant la main tendue par le ministre Lisée aux Anglophones, l’ancien premier ministre commence par tourner l’homme en dérision. Il souligne qu’il n’était nullement son bras droit et surtout, qu’à l’époque où il était son conseiller, son entourage le qualifiait péjorativement de «conseiller à l’ouverture» tant il était porté vers «les Anglais».

Y a pire défaut…

M. Parizeau qualifie ensuite de «dérive» les déclarations de Lisée sur la possibilité d’avoir des guichetiers bilingues aux stations de métro Peel et McGill.

Puis il lâche, avec dédain : «Dans toutes les sociétés, il y a des apôtres de la bonne entente. Des bon-ententistes…»

J’évoque la chose aujourd’hui en édito en ce qu’elle résume bien le conflit entre deux visions : celle qui sous-entend que les Anglophones font partie du problème, et celle qui suggère qu’ils font partie du Québec.

J’y reviens dans ce billet, étant donné le peu d’espace que j’ai en éditorial et surtout, l’importance de détailler les vertus du «bon-ententisme», dont je me fais l’apôtre justement.

Je sais que pour les Jacques Parizeau, Christian Rioux et Mathieu Bock-Côté de ce monde, il s’agit d’un mélange d’angélisme et d’à-plat-ventrisme. Une façon de pactiser avec le diable. Une approche qui ne peut qu’accélérer la disparition du français à Montréal.

Or le «bon-ententisme», à mes yeux, est plutôt une façon de maintenir la paix sociale des dernières années, mais surtout, une façon de créer un terreau plus fertile pour l’épanouissement du français à Montréal.

La menace, aujourd’hui, n’est plus «les Anglais», comme dit Parizeau. Ce n’est pas la bilinguisation de l’accueil dans quelques stations de métro. Ce n’est pas la présence de petites villes à statut bilingue.

C’est plutôt l’étalement urbain et la concentration de l’immigration internationale à Montréal : deux phénomènes concomitants qui participent non pas à l’anglicisation de l’île, mais à sa «défrancisation».

Le groupe de travail ministériel mis sur pied par Lucien Bouchard en 1999 concluait que l’avenir de la francophonie au Québec passait par le maintien d’une «masse critique» de francophones sur l’île et par davantage d’«interactions entre les groupes ethniques et le groupe majoritaire».

«Plus que les lois linguistiques, ajoutait-on, ce seront des politiques concernant, entre autres, l’immigration et le développement urbain qui influeront sur le caractère linguistique et culturel futur de Montréal.»

Le problème, c’est que les gouvernements québécois successifs, incluant ceux du PQ curieusement, ne se sont jamais vraiment intéressés à ces deux questions. Le ministre Lisée est le premier à prendre l’exode des francophones au sérieux, le premier aussi à tenter de se rapprocher des Anglophones à ce point. Reste à voir les mesures qui seront proposées, mais au moins, on y réfléchit.

Quant à l’intégration des immigrants, elle n’a jamais véritablement été une priorité. Et elle ne l’est toujours pas, hélas. On donne quelques cours de français, puis on leur souhaite bonne chance pour la suite des choses, espérant que les nouveaux arrivants se convertiront pour de bon au français et se trouveront une place sur le marché du travail.

Or plutôt que de se plaindre de ne pas pouvoir sélectionner les immigrants, peut-on s’assurer de bien intégrer ceux qui débarquent? Plutôt que de se plaindre que le français perd du terrain sur l’île, peut-on s’assurer que les Francophones aient envie d’y demeurer? Plutôt que de stigmatiser les Anglo-Montréalais qui sont demeurés ici et ont appris le français, peut-on s’en faire des complices du maintien de la langue officielle?

Le salut du français ne se trouve pas dans de nouvelles lois et mesures coercitives, mais plutôt dans une approche plus incitative que coercitive des questions linguistiques. Une approche qui mise sur la création d’un terreau fertile à l’épanouissement du français à Montréal : intégration des immigrants, rétention des francophones sur l’île et augmentation des interactions entre les groupes linguistiques.

Autant d’éléments du «bon-ententisme» qui permettraient de favoriser la place du français à Montréal plutôt que de tenter, comme on le faisait à une autre époque, d’en évacuer l’anglais.

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