Quel avenir pour Montréal?

Archive, janvier 2013

X00210_9

J’avoue avoir un malaise chaque fois que je me pointe au conseil municipal et vois tous ces élus pianoter sur leurs téléphone, tablette et ordinateur, toutes ces têtes baissées au moment où un collègue ou un citoyen prend la parole.

Déjà que j’ai beaucoup de difficulté avec l’utilisation des médias sociaux en pleine séance, j’ai été estomaqué de lire le reportage de QMI et surtout de voir les photos du maire d’Anjou jouer au solitaire et d’un autre élu fouiner sur un site de petites annonces.

«Je naviguais sur Kijiji, car je suis préoccupé par l’embourgeoisement de mon district», s’est défendu le conseil le de Projet Montréal François Limoges.

Du grand professionnalisme, monsieur, dame…

C’est moi, où le respect de l’institution laisse à désirer à l’hôtel de ville?

Rappelons les absences répétées de Luc Ferrandez qui préfère «travailler que parler». Rappelons le débat entourant les tweets agressifs de Benoit Dorais. Rappelons le refus du conseiller Alex Norris de porter une cravate.

Si les débats qui ont lieu au conseil n’intéressent pas les conseillers, voulez-vous bien me dire pourquoi il y a un conseil?

Je ne comprends pas pourquoi on remet en question un décorum qui n’a rien de bien contraignant. Je ne comprends pas pourquoi on a besoin d’utiliser des appareils électroniques sinon pour lire les documents en lien avec les travaux. Je ne comprends pas qu’on ait besoin de s’escrimer dans une arène virtuelle pendant qu’on débat dans une arène démocratique (bien hâte de lire l’avis du commissaire à l’éthique à ce sujet, d’ailleurs…).

Pour approfondir un peu le sujet, j’ai téléphoné à mes collègues des collines parlementaires. Ayant été correspondant à Québec pour Le Devoir il y a une dizaine d’années, ayant assisté plusieurs fois aux travaux de la Chambre des communes, j’ai le souvenir d’un décorum beaucoup plus respecté qu’à Montréal.

Je me trompe?

«Généralement, les députés à Québec sont attentifs, surtout pendant la période de questions, m’a confirmé Tommy Chouinard. Certains tweetent ou font autre chose, mais ce n’est pas tres répandu.»

«Pendant les marathons parlementaires de 25 heures, certains élus font autre chose, c’est sûr. Mais généralement, à Ottawa, ceux qui se servent d’appareils électroniques le font pour le travail», a indiqué Joël-Denis Bellavance.

Intéressant. Surtout qu’on compare des parlementaires qui siègent sur de longues périodes aux conseillers municipaux qui doivent se présenter à l’hôtel de ville… une journée et demie par mois!

Serait-ce trop demander d’être présent et attentif? On parle tout de même des séances où se prennent des décisions qui affectent près de 1,7 millions de citadins, où les mesures adoptées par l’exécutif sont sanctionnées, où le maire de la Ville doit rendre des comptes.

Autant de choses qui ont de l’importance, surtout depuis la formation d’une administration de coalition : chaque vote est maintenant imprévisible, chaque vote compte.

Pourquoi militer pour des séances publiques du comité exécutif si on ne s’intéresse pas aux séances déjà publiques du conseil municipal?

Lire les commentaires (21)  |  Commenter cet article






Mercredi 30 janvier 2013 | Mise en ligne à 7h22 | Commenter Commentaires (18)

L’Homme de Calder ne respecte pas les critères…

X00142_9

Le débat public entourant le déménagement de L’Homme de Calder est fascinant. Mais il lui manque un élément essentiel : des critères objectifs.

Depuis que le collectionneur Alexandre Taillefer a relancé l’idée, l’an dernier, bien des arguments ont été évoqués d’un côté comme de l’autre. On fait valoir le manque de popularité du Parc Jean-Drapeau, la piètre visibilité de l’œuvre, son importance artistique, etc.

Mais peu d’observateurs ont pris la peine de consulter les critères qui guident la Ville de Montréal en pareilles circonstances. Peu d’œuvres sont déplacées, surtout depuis l’adoption du premier Plan d’action en art public, il y a 20 ans.

Selon le Bureau d’art public de Montréal, les critères appliqués pour déplacer une œuvre s’inspirent des principes inscrits dans les chartes internationales de conservation du patrimoine.

La Ville accepte de déplacer une œuvre lorsque…

- le lieu public pour lequel elle a été créée a perdu sa fonction;

- le site sur lequel elle se trouve doit subir d’importantes modifications, ce qui rend son maintien impossible (pensons au Monument à John Young, de Louis-Philippe Hébert, qui a dû être déplacé pour permettre la construction du Musée de la Pointe-à-Callière, en 1990);

- son environnement physique s’est détérioré au point de mettre en péril sa conservation (pensons au monument aux Patriotes, d’Alfred Laliberté, qui se trouvait sur le terre-plein de la rue Notre-Dame, sous le pont Jacques-Cartier, avant d’être déménagé sur le site du Pied-du-Courant);

- l’œuvre est devenue trop fragile pour demeurer exposée sur le domaine public (pensons à la statue de l’amiral Nelson, de Robert Mitchell, qui a été remplacée par une copie, et dont l’original se trouve au Centre d’histoire de Montréal).

Or L’Homme de Calder ne répond à aucun de ces critères. Au contraire, comme je le souligne en édito aujourd’hui, le stabile a joui d’une restauration complète avant d’être déplacé au bord de l’eau, il y a quelques années, là où il est visible autant de l’île, du fleuve que des îles.

Plutôt que de miser sur le déménagement d’une œuvre pour des raisons discutables, ne devrait-on pas plutôt miser sur une nouvelle œuvre? Pourquoi pas une sculpture d’un artiste québécois comme David Altmejd, Michel de Broin ou Nicolas Baier?

Les mécènes prêts à financer le déplacement de L’Homme accepteraient-ils de mettre leur argent dans la relève plutôt que dans un déménagement?

***

Mais qui est L’Homme, au juste?

- La sculpture a été commandée en juillet 1966 par l’International Nickel Company of Canada (INCO) pour son pavillon d’Expo 67.

- Dès septembre 1966, l’INCO a fait part au maire Jean Drapeau de son intention d’offrir la sculpture à la Ville, à la fin de l’Exposition.

- Fondue en France et montée une première fois à Tours en présence du ministre André Malraux, en janvier 1967, la sculpture a été démontée, puis envoyée à Montréal par bateau, dans 12 grandes caisses en bois.

- L’Homme a été remonté à Place internationale Nickel, sur l’île Sainte-Hélène, en avril 1967, sous la direction de Calder. Il est exposé du 23 avril au 27 octobre 1967. La sculpture a été remise à la Ville après l’Expo.

- Il s’agit du plus grand «stabile» (un terme inventé par Calder afin de caractériser ses œuvres privées de mouvement, donc non mobiles) d’un des plus grands sculpteurs contemporains.

- L’Homme mesure 22 mètres de large et 21 mètres de haut. Il pèse 50 tonnes. Les matériaux nécessaires à la construction de la sculpture ont été fournis par l’INCO à Atlas Steel, à Tracy.

- L’œuvre a coûté 135 000 $ en 1967. Elle vaut actuellement 50 millions $. Il s’agit de la sculpture la plus chère de Montréal.

Source : Analyse et étude complète du monument L’Homme par Alexandre Calder, Ville de Montréal, 19 février 1990

Lire les commentaires (18)  |  Commenter cet article






Mardi 29 janvier 2013 | Mise en ligne à 7h40 | Commenter Commentaires (22)

Déménager L’Homme de Calder, vraiment?

X00201_9

Pas toujours facile de trancher…

Il y a quelques semaines, dans ce blogue, je me disais plutôt favorable au déménagement de L’Homme de Calder hors de l’île Sainte-Hélène. Plutôt sympathique à la campagne lancée par le collectionneur Alexandre Taillefer, je soulignais l’importance de localiser ce joyau là où il peut être admiré par le plus grand nombre.

Mais depuis, je vous l’avoue bien humblement, le doute s’est installé.

J’ai lu vos commentaires. J’ai échangé sur les réseaux sociaux. J’ai parlé à des amis architectes. J’ai échangé avec des acteurs montréalais. J’ai lu les lettres envoyées aux journaux.

Puis tranquillement, je me suis mis à «valse-hésiter»…

Déjà déplacée il y a un peu plus de 10 ans, me suis-je redemandé, cette sculpture intimement liée à Expo 67 mérite-t-elle vraiment d’être à nouveau déracinée? Au moment précis où on réfléchit à l’avenir du Parc Jean-Drapeau?

Pour approfondir la question, j’ai contacté Marie-Claude Langevin, chercheuse en étude des arts à l’UQAM qui a publié une lettre aux lecteurs dans Le Devoir, et je lui ai demandé une copie de son mémoire sur le déplacement et la mise en valeur de sculptures contemporaines d’art public, qui porte notamment sur le stabile de Calder.

Le doute s’est alors installé à demeure…

Alors que j’abordais jusque-là L’Homme de Calder comme je l’avais fait pour La Joute de Riopelle, je me suis aperçu, à la lecture de ce mémoire d’une centaine de pages, qu’il y avait finalement peu de points en commun entre les deux œuvres et leur contexte respectif…

La Joute était une sculpture presque abandonnée, dans un état douteux, à laquelle le public n’avait pas accès. Une œuvre qui méritait qu’on lui accorde une seconde vie, qu’on la ramène dans l’imaginaire collectif des Montréalais. Une œuvre qui devait être retirée à son responsable, la RIO, tant elle l’avait négligée (une composante de la sculpture a été retrouvée dans les ordures…).

Or L’Homme est dans une tout autre situation. Le stabile n’est peut-être pas dans un endroit très passant, mais il est dans une très bonne condition. Il est un des derniers vestiges forts de l’Exposition universelle. Il est bien mis en valeur par la Société du Parc.

Depuis son déménagement, il est visible à partir des îles autant que de l’île de Montréal, en plus de connaître une impressionnante appropriation grâce aux Piknic électronik, notamment (80 000 en 2012, à quoi il faut ajouter OSHEAGA, 81 000 en 2011, et les simples visiteurs du parc qui s’aventurent dans ce coin, soit 600 000 des 8 millions de visiteurs annuels du Parc).

Autre grosse différence. L’Homme a été assemblé spécifiquement pour l’Expo, alors que La Joute a été conçue sans certitude quant à son emplacement. Les anneaux olympiques sur la plaque qui accompagne l’œuvre de Riopelle ont d’ailleurs été ajoutées en 1978, quatre ans après la création.

En lisant le mémoire, en lisant aussi la motion déposée hier par Projet Montréal, je me suis alors demandé si le contexte dans lequel se trouvait L’Homme, fort différent du contexte de La Joute, commandait véritablement un déménagement? Si les désavantages d’une telle décision ne seraient pas plus grands que les avantages? S’il valait vraiment la peine de concentrer nos énergies sur un tel débat plutôt que sur l’importance de multiplier les oeuvres d’art public à Montréal?

Et j’en suis venu à la conclusion que les partisans du statu quo, finalement, avaient raison…

Lire les commentaires (22)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    avril 2014
    D L Ma Me J V S
    « mar    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930  
  • Archives

  • publicité