Le blogue de François Cardinal

Archive du 20 décembre 2012

Edouard Plante-Fréchette

Crédit: Edouard Plante-Fréchette

Déjà qu’il était honteux de voir cette énorme carcasse de béton abandonnée en plein centre-ville, symbole du scandale financier de l’îlot voyageur, voilà qu’une autre ruine flambant neuve s’ajoute à la collection de Montréal.

Mais cette fois, en plein mont Royal…

Le rapport Baron sur le CUSM, dévoilé mardi, a en effet ramené dans les esprits cette monstruosité de béton abandonnée sur la rue Cedar depuis maintenant quatre ans (que vous voyez sur la photo ci-dessus et que vous pouvez voir dans son contexte en cliquant sur ce lien)! Une ruine odieuse qui symbolise non seulement le gouffre financier du CUSM, mais aussi le mépris de certaines institutions pour la montagne qu’elles ont pourtant le privilège d’occuper.

On en parle peu, probablement parce qu’il est moins exposé que l’îlot voyageur, mais le 1750 Cedar est en effet un scandale (dont j’ai parlé dans cet édito l’an dernier) qui mérite d’être décortiqué pour en saisir le caractère abject.

En un mot, le CUSM a tenté de faire par la porte de derrière ce qu’on lui refusait par la porte d’en avant…

L’histoire débute avec l’incendie du bâtiment résidentiel du 1750 Cedar (que l’on peut voir sur la carte ci-bas), il y a de cela de nombreuses années. Le propriétaire propose alors un projet de maisons de ville qui a la faveur des citoyens et de la Ville.

Le chantier débute par le stationnement souterrain… et s’arrête avec le stationnement souterrain. Le promoteur s’est alors rendu compte que la facture était bien plus élevée que prévue, ce qui l’obligeait à revoir ses plans, et à proposer des condos nombreux et hideux.

Les citoyens ont alors rué dans les brancards. Ils ont signé les registres, trois fois plutôt qu’une, puis le projet a été revu, revu et revu encore. Pour aboutir, finalement, à de nouvelles autorisations permettant la construction de 64 condos.

Coup de théâtre en 2011. Après avoir nié pendant des années, le CUSM annonce qu’il a acquis la carcasse de béton abandonnée aux grands vents depuis 2008, puis il propose de la transformer en cliniques externes et de la rattacher à l’hôpital Général de Montréal.

Or cela allait à l’encontre de toutes les promesses faites par le CUSM, en plus d’être douteux sur le plan éthique et financier.

D’un côté, le CUSM avait nié à plusieurs reprises être intéressé par le 1750, en plus de s’engager à ne jamais dépasser la superficie qu’il occupait sur la montagne.

Et de l’autre, il a acquis le bâtiment sans condition, en catimini, à fort prix, sans même savoir si la Ville accepterait de changer le zonage de «résidentiel» à «institutionnel».

Est ensuite arrivé ce qui devait arriver : la Ville a refusé… et depuis, le squelette de béton est abandonné sur la rue Cedar, dans le décor enchanteur du mont Royal.

Ce qu’aurait franchement dû prévoir le CUSM et son directeur, Arthur Porter, qui s’est occupé de ce dossier du début à la fin. D’abord parce qu’en 2010, l’administration Tremblay avait affirmé haut et fort qu’elle ne permettrait plus à aucune institution de s’étendre au-delà de son empreinte au sol. Ensuite parce qu’un projet similaire avait été catégoriquement rejeté en 2009.

campus3Voilà donc ce qu’a tenté de contourner le CUSM en achetant en douce ce chantier fantôme, malgré toutes les belles promesses faites aux résidents, aux Amis de la montagne, à Héritage Montréal, etc.

Et pour ajouter à l’insulte, on apprend quatre choses dans le rapport Baron.

- Que les engagements du CUSM répétés jusqu’en 2011 n’étaient que mensonges, puisque des négociations secrètes avec le propriétaire avaient lieu depuis 2007.

- Que l’acquisition fût fixée à 125 M$, soit l’équivalent de 1 000 $ du pied carré, une valeur dépassant largement les valeurs du marché immobilier actuel de Montréal.

- Que le bras immobilier du CUSM a utilisé des «prête-noms» pour conclure la transaction.

- Et que l’Agence de Montréal et le ministère de la Santé avaient refusé d’appuyer cette opération «inhabituelle et irrégulière»…

Résultat : un autre scandale financier, une perte estimée à 40 M$ pour le CUSM… et une seconde ruine toute neuve pour Montréal.

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