Le blogue de François Cardinal

Archive, décembre 2012

Vendredi 28 décembre 2012 | Mise en ligne à 8h20 | Commenter Commentaires (16)

Les livres “urbains” de l’année

Toujours intéressant de lire sur les villes. Cela permet de mettre en perspective les nombreuses critiques faites contre Montréal, qui se sort bien mieux d’affaires que ne le prétendent les oiseaux de malheur…

Voici quelques-uns des meilleurs titres de 2012 qui ont trouvé leur place dans ma bibliothèque.

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Le(s) livre(s) de l’année…

Ex aequo, je place tout en haut de mon palmarès deux essais qui m’ont permis de regarder la ville sous un angle original et fascinant. The Spirit of Cities de Daniel A. Bell et Avner de-Shalit, dont je vous ai parlé en avril dernier, et Pour des villes à échelle humaine, de l’architecte danois Jan Gehl.

images (1)Ce dernier est en effet un must pour quiconque s’intéresse au devenir de Montréal, particulièrement par les temps qui courent. 2012 aura été l’année du «village urbain» dans la métropole, avec le virage imposé à Griffintown et le débat lancé sur le projet de l’hippodrome, précisément ce que préconise Gehl (et Jean-Paul L’Allier qui signe sa préface).

Citation: «À la base, la marche est une forme particulière de communion entre les personnes qui partagent l’espace public comme tribune et comme milieu de vie.»

Mes coups de cœur…

images (2)Je n’ai malheureusement pas eu le temps de réagir à la brique du maire de Westmount Peter Trent, La folie des grandeurs. Mais ce n’est pas faute d’intérêt pour cet essai magistral, qui nous oblige, nous les commentateurs de la presse francophone, à un sérieux examen de conscience. Nous étions à peu près tous pour les fusions alors qu’aujourd’hui, il semble de plus en plus évident qu’il s’agissait d’une erreur, un argument que développe Trent avec brio. J’y reviendrai assurément.

Citation : «Dans un monde où les gens ont pu croire si facilement au feng shui, à l’astrologie, aux herbes médicinales et à des actions de Nortel à 120$, il ne faut pas se surprendre que la croyance populaire selon laquelle de plus grandes villes coûtent moins cher à administrer ait pu trouver des adeptes.»

images (3)Il y a de ces livres que l’on aurait voulu avoir écrit. Straphanger du Montréalais Taras Grescoe en est un. Ce superbe reportage à travers le monde raconte de manière fascinante les hauts et les bas des différents réseaux de transport collectif. Et le journaliste (qui a signé un billet sur mon blogue en juin) conclut en parlant de Montréal, qu’il présente, suite à son tour du globe, comme un haut lieu du transport en commun. Avec raison.

Citation : «To my surprise, Montreal has lately transformed itself into a city with some of the most progressive transport and land-use policies on the continent.»

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Mes mentions spéciales…

Deux livres m’ont beaucoup plu, sans toutefois être des incontournables.

Green, de la série Architecture Now!, qui fait un bon tour d’horizon, à jour, de l’architecture durable. Et Reconquérir les rues de Nicolas Soulier (sans jeu de mots…), qui fait un bon tour d’horizon des succès de certaines villes, dont Montréal. L’auteur utilise en effet les escaliers extérieurs du Plateau comme modèle, étant donné qu’elles permettent à tous d’avoir une façade et un accès direct à la rue.

images (5)Citation : «Les routes en place ont cet effet paradoxal : pour nous relier au distant elles nous séparent du proche. Elles coupent en deux ce qu’elles pourraient réunir autour d’elles.»

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Boni…

Petite mention pour un livre qui n’est pas urbain, mais dont l’auteur l’est infiniment. L’orphelinat de Richard Bergeron est en quelque sorte le premier tome des mémoires du chef de Projet Montréal, un livre très émouvant, tout en humilité, qui dit peu sur la métropole, mais beaucoup sur celui qui souhaite la diriger.

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Edouard Plante-Fréchette

Crédit: Edouard Plante-Fréchette

Déjà qu’il était honteux de voir cette énorme carcasse de béton abandonnée en plein centre-ville, symbole du scandale financier de l’îlot voyageur, voilà qu’une autre ruine flambant neuve s’ajoute à la collection de Montréal.

Mais cette fois, en plein mont Royal…

Le rapport Baron sur le CUSM, dévoilé mardi, a en effet ramené dans les esprits cette monstruosité de béton abandonnée sur la rue Cedar depuis maintenant quatre ans (que vous voyez sur la photo ci-dessus et que vous pouvez voir dans son contexte en cliquant sur ce lien)! Une ruine odieuse qui symbolise non seulement le gouffre financier du CUSM, mais aussi le mépris de certaines institutions pour la montagne qu’elles ont pourtant le privilège d’occuper.

On en parle peu, probablement parce qu’il est moins exposé que l’îlot voyageur, mais le 1750 Cedar est en effet un scandale (dont j’ai parlé dans cet édito l’an dernier) qui mérite d’être décortiqué pour en saisir le caractère abject.

En un mot, le CUSM a tenté de faire par la porte de derrière ce qu’on lui refusait par la porte d’en avant…

L’histoire débute avec l’incendie du bâtiment résidentiel du 1750 Cedar (que l’on peut voir sur la carte ci-bas), il y a de cela de nombreuses années. Le propriétaire propose alors un projet de maisons de ville qui a la faveur des citoyens et de la Ville.

Le chantier débute par le stationnement souterrain… et s’arrête avec le stationnement souterrain. Le promoteur s’est alors rendu compte que la facture était bien plus élevée que prévue, ce qui l’obligeait à revoir ses plans, et à proposer des condos nombreux et hideux.

Les citoyens ont alors rué dans les brancards. Ils ont signé les registres, trois fois plutôt qu’une, puis le projet a été revu, revu et revu encore. Pour aboutir, finalement, à de nouvelles autorisations permettant la construction de 64 condos.

Coup de théâtre en 2011. Après avoir nié pendant des années, le CUSM annonce qu’il a acquis la carcasse de béton abandonnée aux grands vents depuis 2008, puis il propose de la transformer en cliniques externes et de la rattacher à l’hôpital Général de Montréal.

Or cela allait à l’encontre de toutes les promesses faites par le CUSM, en plus d’être douteux sur le plan éthique et financier.

D’un côté, le CUSM avait nié à plusieurs reprises être intéressé par le 1750, en plus de s’engager à ne jamais dépasser la superficie qu’il occupait sur la montagne.

Et de l’autre, il a acquis le bâtiment sans condition, en catimini, à fort prix, sans même savoir si la Ville accepterait de changer le zonage de «résidentiel» à «institutionnel».

Est ensuite arrivé ce qui devait arriver : la Ville a refusé… et depuis, le squelette de béton est abandonné sur la rue Cedar, dans le décor enchanteur du mont Royal.

Ce qu’aurait franchement dû prévoir le CUSM et son directeur, Arthur Porter, qui s’est occupé de ce dossier du début à la fin. D’abord parce qu’en 2010, l’administration Tremblay avait affirmé haut et fort qu’elle ne permettrait plus à aucune institution de s’étendre au-delà de son empreinte au sol. Ensuite parce qu’un projet similaire avait été catégoriquement rejeté en 2009.

campus3Voilà donc ce qu’a tenté de contourner le CUSM en achetant en douce ce chantier fantôme, malgré toutes les belles promesses faites aux résidents, aux Amis de la montagne, à Héritage Montréal, etc.

Et pour ajouter à l’insulte, on apprend quatre choses dans le rapport Baron.

- Que les engagements du CUSM répétés jusqu’en 2011 n’étaient que mensonges, puisque des négociations secrètes avec le propriétaire avaient lieu depuis 2007.

- Que l’acquisition fût fixée à 125 M$, soit l’équivalent de 1 000 $ du pied carré, une valeur dépassant largement les valeurs du marché immobilier actuel de Montréal.

- Que le bras immobilier du CUSM a utilisé des «prête-noms» pour conclure la transaction.

- Et que l’Agence de Montréal et le ministère de la Santé avaient refusé d’appuyer cette opération «inhabituelle et irrégulière»…

Résultat : un autre scandale financier, une perte estimée à 40 M$ pour le CUSM… et une seconde ruine toute neuve pour Montréal.

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Lundi 17 décembre 2012 | Mise en ligne à 15h54 | Commenter Commentaires (21)

Quand Jean Drapeau nous donne des leçons de démocratie…

Curieux, tout de même.

Voici une vidéo produite en 1955 par «une équipe mobile de l’ONF» où l’on voit «son honneur le maire Jean Drapeau» et le directeur adjoint de l’urbanisme expliquer les grandes lignes du «plan d’ensemble» de circulation de Montréal.

Si l’on excepte la première partie douteuse (vous pouvez sauter à 3:50 si vous le souhaitez), on retrouve dans ce «reportage éclair sur un aspect de la vie canadienne» un bon exemple de ce qu’une administration ouverte et transparente pourrait faire – aujourd’hui, en 2012 – pour présenter aux citoyens son plan de transport, de développement durable, de développement économique, etc.

Luc Ferrandez, d’ailleurs, avait tenté l’expérience l’an dernier, afin de présenter son bilan de mi-mandat. Une réussite, je trouve.

À Montréal, il est vrai, on offre la webdiffusion du conseil municipal et, depuis peu, des séances du comité exécutif. Mais bien franchement, qui va regarder cela? À part les membres du comité exécutif et leurs familles, je veux dire?

C’est long, fastidieux, et tout le monde sait que les décisions plus délicates ou controversées seront prises derrière des portes closes. Une surabondance d’information n’est pas nécessairement synonyme de transparence.

Pourquoi ne pas plutôt profiter de la technologie pour ramener un peu de pédagogie à l’hôtel de ville? Comme le faisait René Lévesque avec son tableau noir (ça aussi, Ferrandez l’a fait, mais avec un tableau blanc et un mauvais éclairage…).

Et je souligne le mot «pédagogie», car je ne parle pas de corporatisme, comme celui qui dégoulinait des chroniques du maire Tremblay dans le journal Métro. Je ne parle pas non plus de ces vidéos complaisantes entièrement faites par ordinateur où l’on surutilise le vert et le mot «convivial», comme ici pour présenter le nouvel échangeur Turcot.

Je parle d’un véritable exercice d’explication, une clarification de concepts et de documents complexes, par des personnes en chair et en os, élues, imputables, qui détaillent leurs décisions de manière vraie et authentique. Comme dans le reportage de l’ONF.

Curieux, tout de même, que malgré toutes les avancées et l’accessibilité technologiques, on puisse tirer des leçons d’un reportage produit il y a plus de 50 ans, non?

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