Le blogue de François Cardinal

Archive du 24 novembre 2012

Samedi 24 novembre 2012 | Mise en ligne à 8h01 | Commenter Commentaires (64)

Les Montréalais, champions de l’autodénigrement…

image001

Je le dis et le redis. Montréal ne va pas aussi mal qu’on l’affirme sur toutes les tribunes, Montréal n’est pas en train de dépérir, Montréal n’est pas hasbeen, Montréal n’est même pas en train de décliner…

Au risque de vous faire renverser votre café, j’oserais même dire que Montréal va plutôt bien par les temps qui courent.

La construction résidentielle est en hausse. Les grues sont aussi nombreuses qu’à l’époque des Olympiques. On construit des gratte-ciels, ce qu’on n’avait pas fait depuis des décennies. Et le taux d’inoccupation des espaces à bureaux oscille certes, mais il demeure très bas, tant au centre-ville qu’en périphérie.

Également, le nombre de faillites diminue, le taux de pauvreté aussi, le revenu des familles augmente plus vite ici qu’à Toronto, l’investissement en recherche universitaire est en croissance, le tourisme atteint des records et le Grand Montréal dépasse les autres régions métropolitaines du pays en matière de diplomation postsecondaire.

Vous ne me croyez pas? Je vous invite à parcourir ces centaines de palmarès internationaux qui font la part belle à Montréal (un bon échantillon ici). À consulter les Signes vitaux du Grand Montréal. Ou, mieux, à lire le dernier rapport du Mouvement Desjardins, qui note que Montréal a «enregistré sa meilleure performance économique des cinq dernières années en 2011 (+4,5 %)».

Pourquoi cette énumération des bons coups de Montréal? Parce que j’ai promis à l’ami Joseph Facal, lors d’une discussion enflammée à l’émission Bazzo.tv, de répondre à sa question : «si ça va si bien, pourquoi a-t-on l’impression que ça va si mal?»

J’ose une hypothèse. Ce négativisme provient d’une combinaison de deux éléments propre à la métropole: un manque d’engagement des citoyens ET une absence de leader.

D’abord, les Montréalais, comme les Québécois, exigent que la municipalité réponde à leurs attentes, à leurs besoins, à leurs désirs. Plutôt que de se demander ce qu’ils peuvent faire pour leur ville, ils se contentent de se demander comment elle peut en faire plus pour eux. Comme des gérants d’estrade, en quelque sorte.

Cela renforce la frustration, l’idée que tout va mal, que la Ville ne répond pas aux attentes de ses citoyens.

À titre comparatif, les Canadiens et les Anglo-Québécois sont nombreux à se faire un devoir de s’engager, de s’investir, de redonner à leur communauté. Ils font partie de la community plutôt que d’en être de simples bénéficiaires. Impliqués dans le bon fonctionnement de la ville, les anglos sont ainsi moins durs à l’endroit de cette même ville…

On a un bon indice de cette différence culturelle en lisant The Gazette (ou The Star, ou le Vancouver Sun), qui fait un superbe travail au niveau municipal. Les textes et chroniques sont moins négatifs que dans la presse francophone. On est très dur quand il le faut, mais on parle aussi du CUSM comme d’une institution importante, on salue les bons coups de la STM, on félicite les citoyens qui posent des gestes positifs… alors que les francos se contentent de critiques nourries et bien senties.

Cette approche équilibrée donne un portrait plus juste de la ville, renforce l’idée que celle dernière, malgré ses défauts, joue un rôle important et positif.

Cela dit, l’absence d’engagements des francos, en soi, ne peut tout expliquer. Sinon ce sentiment négatif se ressentirait partout ailleurs dans la province, même dans le royaume de Labeaume…

Ce qui distingue Montréal à mon avis, en plus du manque d’engagement des citadins, c’est l’absence de leader. Une absence qui se fait sentir depuis… depuis que Montréal va bien, ironiquement.

La métropole, en effet, a connu une intense période de déclin des années 1960 aux années 1990, mais depuis, elle rebondit. Grâce à l’essor des technologies de l’information et de la société du savoir, Montréal renait tranquillement depuis le milieu des années 1990, alors qu’elle renouait enfin avec la croissance.

Pas de manière aussi clinquante que Toronto, c’est sûr, pas de manière aussi flamboyante qu’à l’époque d’Expo 67, mais à sa façon, petit à petit. Ce qui est déjà beaucoup dans le contexte économique actuel.

Le problème, c’est qu’on n’a pas eu à Montréal, contrairement à Québec, un leader assez fort pour nous ouvrir les yeux sur les mérites, les qualités et les bons coups de la ville depuis près de 20 ans, justement.

Pierre Bourque a régné de 1994 à 2001, puis ce fut Gérald Tremblay. Or ni l’un ni l’autre n’a démontré les qualités d’un grand leader. Ni Bourque ni Tremblay n’a été assez solide pour nous donner confiance. Ni l’un ni l’autre n’a su nous convaincre que Montréal se dirige dans la bonne direction.

Le premier nous a plutôt plongé dans une réorganisation municipale dont on ne s’est jamais remis, en plus de saper les bases démocratiques de la ville et de négliger ses infrastructures. Quant au second, il a multiplié les bourdes et les scandales au point de rendre invisibles tous ses bons coups.

Bref, au cours des deux dernières décennies, on n’a pas eu à Montréal de maire suffisamment imposant pour compenser notre manque d’engagement. D’où cet autodénigrement constant qui plombe la métropole au moment où elle fait surface.

Lire les commentaires (64)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    novembre 2012
    D L Ma Me J V S
    « oct   déc »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives

  • publicité