Le blogue de François Cardinal

Le blogue de François Cardinal - Auteur
  • François Cardinal

    François Cardinal est chroniqueur à La Presse, spécialisé dans les affaires municipales et urbaines. Il aime la ville, toutes les villes.
  • Lire la suite »

    Partage

    Vendredi 25 mai 2012 | Mise en ligne à 9h40 | Commenter Commentaires (11)

    Montréal, ville de design… Mythe ou réalité?

    BX035_2875_9

    Afin d’encourager un débat respectueux, seuls les commentaires signés sont publiés. Merci.

    Le design est au cœur de la conférence C2-MTL, qui se termine aujourd’hui dans Griffintown. Littéralement.

    Dès que vous mettez le pied au centre de la New City Gas, la première chose que vous voyez est une installation de cônes orange signée Paprika, adaptée par Mission Design. Puis en déambulant, vous croisez une bonne trentaine de projets réalisés par des firmes de design graphique, de design industriel et de design d’intérieur.

    De quoi permettre à Montréal de mériter son statut de «ville design de l’UNESCO». D’où ma question : Montréal mérite-t-il, justement, ce titre? La métropole est-elle réellement une ville design, une ville de design?

    J’avais été invité à discuter de cette question, précisément, il y a quelques années, à l’émission Le 3950. Assis à table avec l’animateur, Luck Merville, nous étions six, si je me souviens bien, à débattre une fourchette à la main.

    À l’époque, je répondais «moui». Aujourd’hui, je réponds oui.

    Il y a dix ans, Montréal se positionnait grâce à l’organisme Commerce design Montréal, qui remettait chaque année un prix à 20 commerces pour la qualité de leur aménagement. L’idée était excellente, permettait l’émulation, et a même fait des petits à New York, Lyon et Saint-Étienne. Il s’agissait d’un premier grand pas, qui en consolidait plusieurs petits.

    Puis il y a eu de grosses prises, qui ont renforcé la place du design. Le statut UNESCO. Le siège social fusionné des organisations internationales de design graphique et de design industriel, que convoitaient des villes comme Turin, Nagoya, Copenhague et Hong Kong.

    Et aujourd’hui, suite à une maturité gagnée, on se retrouve avec une «attitude design» plus répandue, avec un plus grand souci de la qualité du cadre de vie. Montréal a ainsi adopté un plan d’action sur la question. La Ville a son bureau design. Les concours d’idées sont plus fréquents. La volonté politique est plus forte.

    Au cours des dernières années, Montréal a ainsi lancé 19 concours de projets (architecture et design urbain), six ateliers de design urbain et cinq concours d’idées. Il est autant question de places publiques, de bibliothèques, que de complexes sportifs et d’abribus.

    Certes, Montréal n’est pas «sur la map» des «starchitects». Mais à mon avis, cela est davantage lié à nos moyens financiers limités qu’à une absence d’intérêt des Foster, Libeskind et Calatrava pour la métropole québécoise.

    En ce sens, le Montréal d’aujourd’hui est design dans les petites choses : les commerces, les restos, l’urbanisme, les espaces publics. Mais il n’a pas de grandes tours vitrées qui attirent les regards, de musées hors de proportion, d’œuvres majestueuses qui en ferait le Bilbao de l’Amérique du Nord.

    Les rares œuvres d’art massives, convenons-en, on les doit aux années 1960. Le Stade olympique. Le pavillon de la France devenu casino. Habitat 67. Les stations du métro.

    Doit-on s’en désoler? Je vous aurais répondu oui, il y a quelques années, pour tout vous dire. J’étais jaloux, à l’époque. Je croyais que Montréal devait avoir, comme Toronto, ses icônes architecturales. Mais aujourd’hui, je n’en suis plus trop sûr.

    On s’entend, je rêve toujours d’un silo revisité de manière impressionnante ou d’une tour audacieuse qui ferait tourner les têtes. J’aimerais que Montréal attire les Piano, Gehry et Koolhass, mais je ne crois plus que ce soit une nécessité.

    Dans le fond, le design de Montréal est à l’image de… Montréal, une ville à échelle humaine, une ville où la création est à la fois omniprésente et diffuse, une ville festive, mais certainement pas une ville ostentatoire, une «ville musée», ou même une «belle ville» selon les canons en vigueur.

    Personnellement, Montréal, je l’aime ainsi. Vous?


    • Mythe. Un gros mythe.
      Désolé de dessouffler votre baloune mais quand est-ce la dernière fois que vous y avez marché un peu (pas juste dans Outremont la snob ou Westmount la riche) et pris un peu de temps pour observer ?
      La ville est sale, vandalisée, mal entretenue, couverte de tags, de graffitis, d’autocollants, les rues sont défoncées, l’aqueduc perd 40% de son eau à cause des fuites, les itinérants et les junkies y pulullent. Je le sais, moi : je n’habite pas en banlieue ! J’habite St Henri et je voyage à pied ou en metro chaque jour pour venir travailler au centre ville : maudit que c’est laid ! Mais où va donc l’argent de mes taxes municipales ?

      Pierre Denis

    • Non, désolé – je suis fier de nos créateurs locaux, mais Montréal n’a simplement pas l’âme d’une ville design. Aucune volonté politique, manque de moyens, priorités qui ont la constance d’un soulard, etc.

      La ville tombe en ruines, c’est sale, c’est laid.

      On ne se débrouille pas trop mal culturellement, mais comparée à plusieurs villes, Montréal fait très piètre figure.

      Guillaume Mathieu

    • Pour répondre à votre question au sujet de Montréal, il faut d’abord pouvoir définir exactement ce que c’est du design.

      Ceci n’est pas une mince affaire, mais on peut déjà dire que ce le design n’est pas uniquement question de tout maquiller de beauté. Le design parle d’abord de contraintes, de besoin et d’imagination. D’audace. À ce titre, Montréal (vu son budget plutôt limité) peut très bien affirmer qu’elles possèdent contraintes et besoins.

      Ensuite, que Montréal soit ville de design par l’Unesco, ça n’a jamais voulu dire que Montréal est un exemple de l’application du design, mais bien qu’elle possède les outils pour produire du design. Il y a une énorme différence. Montréal possède beaucoup de talent en design, talent appliqué ailleurs comme le fait d’ailleurs Sid Lee ou Saucier Perrotte.

      Pour finir, regarder Montréal de l’extérieur n’est un exercice qu’à demi utile. Nous vivons dans une ville nordique, ce qui module notre occupation de la rue certainement différemment qu’à Barcelone, où le temps est clément en toute saison. Montréal, comme Stockholm d’ailleurs, doit être regardé de l’intérieur. Comment sont nos restos, comment sont nos commerces, combien de musées avons-nous, combien d’écoles de design s’activent?

      La réponse parle d’elle même, mais demande plus d’attention et moins de préjugés.

      Francis Huneault

    • Ville de design?

      Bon, je sors de 3 jours passés à C2-MTL. Trois jours à cotoyer des gens qui parlent d’innovation, d’idées, de créativité, mais qui (et c’est encore plus important) FONT des choses, plutôt que de chialer et de se dire que c’est pas pour eux, que le moment n’est pas correct, que tout est la faute aux autres, (et surtout la faute du premier ministre).

      Trois jours à être inspiré par des “innovateurs” des “créatifs”, mais surtout des passionnés, de 37 pays, mais aussi, d’ici. Des rencontres incroyables de gens de Montréal, qui font des choses hors de l’ordinaire. Que j’ignorais. Tous en “design”, non pas vraiment.

      Mais “Ville de Design” ça veut dire quoi? Des bâtiments et objets, ou des gens?

      Il y a une différence entre chanter et danser, et créer un environnement où il fait bon le faire.

      Milan et Rome sont deux villes qui sont des “villes de design”. Or, ces deux villes sont sales et graffitiées. N’en déplaise à mes co-commentateurs ci-haut: pas rapport comme on dit.

      Montréal, à l’instar de plusieurs villes où le design est important, est plutôt dans la catégorie de créer un environnement où il fait bon chanter et danser. Nombres de créateurs montréalais s’affichent sur la scène internationale autant qu’ici. Nous devons reconnaitre le terreau fertile qu’est Montéal, pour les créatifs. Plusieurs l’ont reconnu, dont notamment Richard Florida.

      Le “design” est un bien grand mot, et je rejoins tout-à-fait @francisk qu’il faut gratter un peu, mais que l’on s’aperçoit que Montréal est en fait une ville de design. Le design ce ne sont pas seulement des façades, des bâtiments, c’est aussi tout ce qui est “pensé” conçu. C’est une portion d’audace, pour deux portions de talent, pour deux portions de passion, avec une bonne cuillerée de persévérance (”grit” en anglais dont on a parlé aussi durant C2). “l’oeuvre” de SIDLEE , par exemple, c’est bel et bien du design, bien que ce ne soit pas en brique et en mortier.

      Alors voilà. Bravo à Montréal, ville de design.

      JF Garneau

    • Tout comme vous, je suis heureux de remarquer que le design, l’architecture et l’aménagement urbain soient devenus d’authentiques préoccupations à Montréal, du moins, dans les quartiers centraux. Je suis souvent émerveillé par ce que je vois au centre-ville, sur le Plateau et dans le Mile-End.

      Il est toutefois dommage que ce souci par rapport à l’esthétique et à la santé du tissu urbain semble s’estomper à mesure qu’on s’éloigne de l’arrondissement Ville-Marie. Karim Benessaieh a abordé récemment la controverse entourant un énorme projet de construction résidentielle dans Ahuntsic.

      http://www.lapresse.ca/actualites/regional/montreal/201205/24/01-4528173-controverse-sur-un-projet-immobilier-dans-ahuntsic.php

      Le projet en question, avec ses 8 tours monolithiques de 8, 10 et 12 étages, en clivage avec le quartier avoisinant, semble tout droit sorti des années 1960.

      On manque ici une opportunité rare de bâtir un complexe immobilier audacieux, attirant et ancré dans les valeurs de développement urbain et de design du 21e siècle, un complexe dont les Montréalais pourraient être fiers. Le potentiel de ce grand terrain, le dernier terrain d’aussi grande superficie dans ce secteur de la ville, est énorme. Il est inconcevable que la ville de Montréal puisse même considérer le gaspiller de telle façon.

      Luc Villandré

    • Peut etre mais aujourd’hui Toronto est intouchable.

      Je vous recommende les quartiers suivants:

      Yorkville
      Liberty Village
      Distillery District
      King street West
      Parkdale
      Dundas Square

      Dan Mero

    • J’en parlais cette semaine avec des amis anglos pour avoir un autre point de vue. Eux non plus n’en voient rien.

      Je reste sur la Rive-Sud et je travaille sur la rive nord. Au jour le jour je ne vois de Montréal que ses autoroutes et, évidemment, c’est le cauchemar.
      Oublions Turcot qui est appelé à disparaître mais le reste! Des murs cyclopéens qui ne méritent même pas un œil, toutes en teintes de gris, c’est d’un ennuyant!

      Chaque fois je me demande pourquoi on n’ouvre pas ces murs au graffiteurs. Pas les tageurs, là! Des projets de murales, ça ne coûte pas une fortune et c’est rigolo. Y a combien d’étudiants en art et en design qui se cherchent une job d’été, prêts à travailler pour à peine plus que le salaire minimum, plus la peinture et des échafaudages sécuritaires ? Sans parler de ceux qui le feraient pour le plaisir. Ça existe.

      Admettons, ce n’est pas “design” au sens strict mais encore: transformer des outils utilitaires en les rendant agréables, il me semble que ça correspond à la définition.

      Y a les banc publics aussi. Difficile de faire plus drab. Un projet commun entre la Ville et design UQAM pour renouveler un peu le modèle, ce serait bien. Et puis la rue St-Hubert parle de rajeunir sa marquise. Je l’aime bien la Plaza, moi, toute biscornue qu’elle soit.

      Mais c’est la Main de Saint-Viateur jusqu’à la Petite Italie qui a le plus besoin d’un coup de “main”, tout en respectant ce qu’elle a hérité des anciennes shops bien sûr.

      En effet, je ne vois pas le design et ça m’attriste: son côté festif mérite plus et sa vie de quartier en serait plus agréable si je me fie aux commentaires de mes enfants qui, eux, y vivent.

      Jean-François Trottier

    • Si nous avons arrêté de construire des “œuvres d’art massives” après les années 60s, c’est en partie dûe à l’évolution de la façon par laquelle nous percevons la société, et les relations entre les experts, les personnalités politiques et le peuple en particulier. Les “Grands projets” exigent une concentration immense de capital, soit économique (comme aux US), soit politique (comme en France) alliée à une certain vision holistique. Le Canada, et le Québec en particulier, constitue dans mon opinion une des premières sociétés post-modernistes ; nous nous sommes rendus comptes qu’il est impossible de résoudre toutes les questions de société grâce à des plans stratégiques, car la société est avant tout organique. Si l’art est le reflet de la culture, il est donc normal que nous avons abandonné les créations mégalomane.
      William Raillant-Clark

    • Montréal est une ville marginalement axée sur le design (un terme, au demeurant, assez idiot: on voit ce qe ça veut dire mais c’est mal dit…). Sans plus.

      Montréal l’est plus peut-être que Mont-Laurier ou Springfield Ill. mais largement moins qu’à peu près n’importe quelle ville occidentale de taille équivalente.

      Il y a sans doute, néanmoins, actuellement, pour la conception intelligente et esthétiquement audacieuse des objets courants, un intérêt croissant et inédit, à Montréal. Tant mieux.

      Robert Mallet-Stevens

    • @rwrc
      Si Montréal n’a plus d’oeuvres massives, soyons bien claires, c’est à cause de la panique causé dans les mileux commerciaux par les mouvements séparatistes. Point final. Les grandes oeuvres de Montréal nous ont été données parce qu’il y a avait, à une certaine époque, de l’argent. Il y avait aussi une volonté citoyenne de regarder vers le futur plutôt que de concentrer nos énergies à regarder vers l’intérieur.

      Ceci étant dit, ce ne fut pas une mauvaise chose sur toute la ligne. Montréal aurait suivi le développement sauvage de Toronto. Bien des édifices aujourd’hui patrimoniaux auraient été rasés par la modernisation si tout le commerce Montréalas n’avait pas foutu le camp. En exemple, je cite la gare Windsor qui à passé près de la démolition dans les années 70 pour faire place à une tour de 60 étages que le CP n’as finalement plus préférré construire au Québec.

      Aujourd’hui Montréal est riche de son patrimoine architectural et personellement, je crois que la question du design est plutôt individuelle. Toronto, excusez-moi, est sans-âme. Ses citoyens génériques et uni-dimensionelles (sorry!). Chaque Montréalais cultive son propre sense de l’esthétique et le désign, il le vit au quotidien. Mais voilà, un peu plus d’argent dans les coffres, moin de corruption, moin de contestation sociale, moin de folklorisation, moin de nostalgie… ça ne ferait pas de mal.
      G. Gomez

    • 19ème siècle: McKim, Mead and White (Siège social de la Banque de Montréal), Richardson (Windsor) etc.
      Années 60: I.M. Pei (PVM), M. Van Der Rohe (Westmount Square) etc.
      J’en passe beaucoup…
      Années 2010: Serait-il trop optimiste d’espérer voir Calatrava concevoir le nouveau Pont Champlain? Sommes nous toujours assez exigeants pour espérer voir Montréal se doter de belles créations de qualité internationale?
      G. Gomez

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    mai 2012
    D L Ma Me J V S
    « avr   juin »
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031  
  • Archives