Le blogue de François Cardinal

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  • François Cardinal

    François Cardinal est chroniqueur à La Presse, spécialisé dans les affaires municipales et urbaines. Il aime la ville, toutes les villes.
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    Mardi 24 avril 2012 | Mise en ligne à 6h30 | Commenter Commentaires (9)

    Daniel Weinstock: «Privilégier le temps, non pas les lois…»

    De nouvelles tensions sont apparues à Montréal entre Francos et Anglos. Comment rapprocher ses communautés linguistiques dans un tel contexte? Quatre experts se prononcent.

    Aujourd’hui, Daniel Weinstock, professeur titulaire, Chaire de recherche du Canada éthique et philosophie politique, Université de Montréal.

    weinstock

    Comment rapprocher les deux communautés constitutives du tissu linguistique montréalais ? Certainement pas par un renforcement des dispositifs coercitifs!

    Le législateur peut par ses lois affecter le comportement des individus, mais il ne peut pas les transformer dans leur for intérieur. L’étude publiée il y a quelques semaines dans L’actualité démontre que les lois linguistiques québécoises ont atteint le seul objectif qu’elles pouvaient véritablement se donner, celle de faire en sorte que les anglophones et les allophones maîtrisent le français, et qu’ils soient obligés de s’en servir dans de nombreux contextes.

    Elles n’ont cependant pas changer les dispositions linguistiques des québécois dont la langue maternelle n’est pas le français autant que certains l’auraient voulu. Lorsqu’ils ne sont pas tenus par des articles de loi de parler une langue plutôt qu’une autre, ils parlent souvent l’anglais (mais également des langues patrimoniales très diverses). C’est normal, le français est pour eux, du moins pour l’instant, une langue seconde avec laquelle ils ont un rapport un peu instrumental, un peu comme les Québécois de langue maternelle française ont un rapport instrumental, plutôt qu’identitaire, avec l’anglais.

    Les lois ne peuvent pas grand-chose contre cette asymétrie affective. Elle est probablement le sort de tout polyglotte. Pire, en tentant de contrôler encore plus qu’elle ne le fait les comportements linguistiques des citoyens, l’État risque de créer un éloignement, plutôt qu’un rapprochement, entre les communautés.

    La distance qui perdure encore entre les deux communautés représente-t-elle alors une fatalité ? Je ne le pense pas. Mais c’est le temps, plutôt qu’un renforcement de la loi, qui achèvera le rapprochement linguistique et culturel qui est par ailleurs à mon avis déjà bien en cours.

    Un nombre de plus en plus important d’anglophones québécois envoient leurs enfants à l’école française, plutôt qu’aux institutions scolaires anglophones. L’exogamie est plus importante qu’elle l’a été à l’époque des « deux solitudes » montréalaises. Avec le temps, cela fera un nombre important de foyers et d’individus qui ne se percevront plus comme appartenant strictement à l’une ou l’autre de deux communautés linguistiques.

    Ils se verront comme les citoyens d’une grande ville bilingue et polyglotte. Cela ne satisfera surement pas pour ceux Montréal est avant tout le lieu d’un combat national. Mais le sort des grandes villes du monde a toujours été d’être dans un certain déphasage par rapport aux velléités normalisatrices et uniformisatrices de l’État-nation.

    ***

    Lisez également les réflexions sur le sujet de…

    Simon Brault

    Jack Jedwab

    - Josh Freed

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    • Absolument d’accord.
      Alex C Samak

    • Ce que Monsieur Weinstock nous propose c’est d’user de patience… et surtout de tolérance. J’entend déjà certains titrer à la mort lente du français en Amérique, mais n’en demeure pas moins que la tolérance et la patience sont primordiaux dans une cohabitation saine.

      Car c’est ça le débat: la cohabitation. COHABITATION.

      Francis Huneault

    • Monsieur Weinstock a vu juste en affirmant qu’il y a une limite à l’efficacité de la coercition légale. Pour renforcer la présence du français à Montréal, il faut miser davantage sur le développement de la culture francophone sous tous ses aspects et sur rapprochements entre les deux communautés sur ce plan également. Je donne un exemple. Il n’y a pas si longtemps, en musique, il y avait la filière de Concordia et McGill, et celle de l’UQAM et de l’U de M. Aujourd’hui, chacune de ses filières s’est métissée, de sorte que de nombreuses formations musicales sont composées de membres issus des deux communautés linguistiques. À cette étape de notre histoire, c’est surtout la force, le rayonnement de la présence francophone qui peut emmener les anglophones et allophones à s’intéresser à ce que nous produisons. Les Québécois francophones, a fortiori ceux de Montréal, auraient avantage à affirmer leur francophonie plutôt qu’à adopter si fréquemment un comportement de soumission inconscient à la langue anglaise. De plus, ils doivent faire un effort pour mieux connaitre, maîtriser et parler leur langue s’ils veulent que cela soit plus accessible et attirant. Un immigré pakistanais qui apprend le français dans une école risque d’avoir bien de la difficulté à suivre un Montréalais francophone qui maitrise assez mal notre belle langue.

    • Je crois aussi qu’il faut user de patience et de tolérance et ce que je fais, moi, de temps en temps, c’est me permettre de «brasser la cage» de mes AMIS anglophones (puisqu’ils sont mes amis, justement). Parfois, donc, je me permets de leur parler un peu plus FORT et je leur dis (en anglais) qu’ils sont impossibles, là, que ça fait 3-4 ans qu’ils vivent à Montréal en ne fréquentant que les endroits anglophones quand ils prennent un café, quand ils font de la musique, qu’ils s’adressent à tout le monde en anglais tout le temps. Je leur dis, oui tout à fait, je leur dis qu’ils sont paresseux et que surtout, nous francophones de souche, sommes niaiseux parce qu’on leur parle toujours en anglais. Je leur dis que nulle part ailleurs dans le monde ils pourraient s’installer pendant 3-4 ans et ne pas du tout parler la langue d’accueil, ça ne passerait pas, ailleurs… (en Italie, en France, en Espagne, par exemple). Je leur brasse la cage en leur disant, oui, que je les trouve paresseux. Mais c’est parce qu’ils sont mes amis, je le répète. Et ils me répondent que j’ai raison et depuis quelques temps, font des efforts pour me parler en français. Il ne faut pas oublier non plus que je leur chante des chansons québécoises francophones et leur explique ce qu’elles racontent, puisque mes amis sont musiciens. Il faut rester patient et enseigner un peu de notre culture si on veut que nos amis anglophones qui ont choisi d’immigrer à Montréal développent un certain sentiment d’appartenance à la langue de Félix :-) C’est par la culture qu’on arrivera, je crois, à cohabiter dans une meilleure harmonie.

    • Oui, le temps est probablement l’ingrédient nécessaire au rapprochement.

      Jackie Robinson donne p-ê une meilleure idée de l’incroyable ouverture d’esprit des montréalais des 1950s, mais je crois qu’il ne faut pas oublier l’époque ou l’on se faisait répondre “speak white” pour avoir demandé du service en anglais qui a marqué la génération de mes parents : ça fait partie de l’histoire de la ville. Le temps a fait son oeuvre et, heureusement, ce racisme ne fait pas partie de mon vécu, surtout depuis l’”exode” des anglos fermés après le référendum de 1995.

      Or, l’assertion que Montréal n’est qu’une ville bilingue est un “mindset”, une prémisse, qui occulte le fait que la majorité des montréalais (du moins de ma génération) sommes AU MOINS trilingues. Montréal a été fondée pour être le carrefour où l’on peut rencontrer, entre autres, indiens et chinois. Certains, de part et d’autres, peuvent la rêver comme appartenant à la couronne anglaise ou française, peuvent perpétuer sa “dualité”. À mon appréciation, il y a au moins une autre grande communauté linguistique, de langue latine, issue du mélange du patois des immigrants italomontréalais, portugais, lationaméricains et des québécois ayant voyagé en Amérique latine.

      Peut-être que d’agréer faire aussi partie d’Amérique latine, de développer le latin “montréalais” comme deuxième langue internationale, serait une sortie de crise linguistique qui permettrait d’être le carrefour entre la francophonie, l’anglophonie et l’Amérique latine que nous avons le potentiel d’être.

      Guillaume Blouin-Beaudoin

    • L’amour est plus fort que la police. Pourrait-on résumer la situation ainsi? :)

    • Le problème est qu’en ne légiférant pas pour établir notre identité, nous cédons devant la menace du relativisme culturelles.
      Notre culture n’étant alors que l’une parmi tant d’autre dans une société multiculturelle, et qu’il ne faut donc pas la protéger afin de ne pas nuire aux autres.

      B Plante

    • @M.Weinstock, vous avez bien raison avec vos belles paroles mielleuses, avec le temps, les grenouilles dans le bocal d’eau chaude meurent petit à petit sans s’en rendre compte.
      M.Leduc

    • Je ne crois pas que Montréal soit la ligne d’un combat identitaire. Les gens du RDQ (reste du Québec) veulent bien croire à cette réalité et les médias populaires savent bien mousser les sentiments les plus vicéraux mais comme l’a mentionné M. Weisntock, l’avenir de Montréal réside en un déphasage avec le RDQ et le ROC. Ça n’est pas une tragédie mais un destin commun à toute grande ville. Une personne qui visite New York ne peux prétendre avoir été témoin des États-Unis, le rythme effréné et le culte de la cupidité sont bien loin des réalités du reste du pays. De même, quelqu’un qui visite Paris ne peux prétendre avoir absorbé l’âme Française. Cela se répète pour Shanghai, Jérusalem, Barcelone, Londres, Tokyo, Berlin et j’en passe. Les Canadiens du RDC ne se reconnaissent pas en Montréal, ils l’envient souvent de loin et aime venir y passer du temps mais Montréal reste une chose unique. Pour les Québecois du RDQ, ils se reconnaîtrons de moins en moins en Montréal. Ce n’est pas parce que Montréal s’anglicise mais parce qu’elle grandit, mature, deviens plus cosmopolite. Montréal ne peux prétendre être le porte étandard de la culture Québécoise pas plus que de la culture Canadienne Anglaise. Elee produit certe son lot d’artistes et d’intellectuels qui rayonnent ailleurs mais la ville demeure une ville avec une identité qui lui est propre.
      Pour terminer j’aimerais citer un exemple. Excusez moi d’avance car ils sont trop forts et historiquement déplaisants: A.Hitler voyait Nuremberg comme le berceau de la véritable culture Germanique tandis que Berlin était cette chose corrompu qu’il accusait être en partie responsable des malheures Allemands et qu’il fallait purifier à tout prix. 60 and plus tard Berlin demeure cette ville plus ouverte que le reste du pays, c’est son identité et son âme. Voilà tout.
      G.Gomez

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