Le blogue de François Cardinal

Archive du 23 mars 2012

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Décidément, Montréal est en mode développement.

Au moment où vous lisez ces lignes, un point de presse se tient au centre-ville pour annoncer que le gouvernement cède gratuitement à Montréal les terrains de l’hippodrome. Des terrains, promet le maire, qui seront transformés en un «ambitieux» et «inspirant» projet résidentiel.

Voilà une occasion à ne pas manquer. Cette fois…

L’administration, en effet, a raté son coup avec Griffintown, un quartier qu’elle a ouvert aux promoteurs sans idée de ce qu’elle voulait en faire.

L’administration a aussi raté son coup avec le golf Meadowbrook, un vaste terrain de l’Ouest-de-l’île sur lequel un entrepreneur souhaitait construire un éco-quartier hélas refusé.

Dans les deux cas, la Ville peut essayer de réparer les pots cassés, de limiter les dégâts. Mais il n’en reste pas moins qu’elle est passée à côté de deux occasions uniques de réinventer la ville sur de vastes et riches territoires.

Espérons que les gestes, cette fois-ci, seront à la hauteur des promesses.

Le maire dit avoir pour le secteur une «vision d’aménagement ambitieuse et inspirante». Il souhaite une «référence internationale», «un milieu de vie exceptionnel» qui pourrait, possiblement, être relié au futur réseau de tramway sur lequel un comité présidé par Michel Leblanc, le grand patron de la Chambre de commerce de Montréal, planche actuellement.

«Ce que nous voulons, c’est y aménager l’un des quartiers les plus attrayants en Amérique du Nord grâce à nos façons de faire uniques aux plans urbain et environnemental, a dit le maire. C’est ambitieux, j’en conviens, mais c’est là où nous en sommes rendu pour le développement de Montréal. Pour nous, il importe que ce quartier fasse honneur à nos talents, à notre créativité et à notre désignation de Ville UNESCO de design.»

Soit. Mais cela commande des gestes forts, un concours international d’architecture et de design urbain (promis par le maire), une planification détaillée en amont (promise), une vaste consultation (promise), une réflexion sur tous les aspects d’un village urbain du XXIe siècle (re-promise). Ce que permettent, d’ailleurs, les délais souples du projet : la revente des parcelles ne débutera qu’en janvier 2017.

Les astres sont-ils alignés? Espérons que oui, car l’astre manquant des derniers projets (les dirigeants politiques) semble, cette fois, vouloir se positionner favorablement.

«Le site de l’ancien hippodrome, a dit le président de l’exécutif, Michael Applebaum, constitue l’un des rares grands sites à aménager au cœur de Montréal. Il offre une occasion unique de régénérer ce secteur en y déployant tout notre talent dans toutes les sphères d’activités urbaines: transport, aménagement, environnement, patrimoine, milieu de vie, commerce.»

Il ne faut pas se laisser berner par le bla-bla politique, évidemment. Mais il ne faut pas non plus tomber dans le plus bas cynisme. D’autant qu’on note à Montréal, depuis quelque temps, une certaine évolution. On peut penser aux imposants développements cyclables des dernières années, au PMAD, ou encore à la recommandation de la Commission sur le transport, la semaine dernière, sur les «zones de rencontre».

Si la même impulsion gagne les élus municipaux cette fois, le projet de l’hippodrome pourrait être impressionnant. Il en a, à tout le moins, le potentiel : le secteur est bien desservi par le transport collectif (métro Namur), il connaît un important dynamisme immobilier (secteur Namur-Jean-Talon) et il est suffisamment vaste pour espérer un développement moderne d’envergure (plus de 43 hectares, soit l’équivalent de sept fois le Stade olympique).

La grande difficulté sera de concilier l’avidité du privé et les besoins du public, de densifier tout en laissant une large place aux espaces partagés, verts et communautaires, de privilégier le transport actif même si le site est à la confluence de plusieurs autoroutes.

Si quelques personnes influentes ou bien placées incitent le maire à s’inspirer de communautés durables comme BedZED (Grande-Bretagne) et Bo01 (Suède) plutôt que de quartiers uniformes et sans couleur, l’hippodrome pourrait bien laisser place à un projet réellement «ambitieux» et «inspirant».

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