Quel avenir pour Montréal?

Quel avenir pour Montréal? - Auteur
  • François Cardinal

    François Cardinal est éditorialiste à La Presse. Journaliste depuis une dizaine d'années, il est également chroniqueur à la radio et auteur des essais Le Mythe du Québec vert et Perdus sans la nature.
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    Jeudi 16 février 2012 | Mise en ligne à 6h10 | Commenter Commentaires (20)

    La bonne nouvelle VM: Mies van der Rohe reconverti…

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    Afin d’encourager un débat respectueux, seuls les commentaires signés sont publiés. Merci.

    C’était une autre époque…

    En 1965, quand débuta le développement de L’Île-des-Soeurs, le propriétaire voyait grand, très grand même. Il souhaitait faire de ce petit bout de terre «le plus merveilleux domaine résidentiel de l’Amérique du Nord». On croirait entendre Jean Chrétien…

    Pour ce faire, il fallait donc soigner le design, que ce soit pour le résidentiel, le commercial ou l’institutionnel. Tout devait être d’une qualité irréprochable, tout… même les stations-service.

    Au moment de signer un contrat d’exclusivité avec Imperial Oil, le promoteur ajouta donc une obligation au contrat : construire des bâtiments d’une qualité architecturale exemplaire.

    Une autre époque, que je vous dis…

    Imperial Oil, devenue Esso, s’est donc tournée vers un architecte dont le travail impressionnait : nul autre que Mies van der Rohe, qui a tout pensé avec son équipe, de la station à l’édicule du pompiste, en passant par l’enseigne, le mobilier et l’aménagement paysager.

    Quelques années plus tard donc, en 1968, apparut sur l’île une station service qui allait marquer son époque (au 201 rue Berlioz). Une station-service d’une grande sobriété : volumétrie compacte et ramenée à sa plus simple expression, bâtiment bas et discret d’un étage, structures d’acier noires, grande luminosité et transparence.

    Du Mies pur jus.

    Et pourtant, peu de Montréalais savaient qu’une telle station-service se trouvait dans leur cour jusqu’à ce qu’elle ferme, en 2008, puis qu’elle soit citée à titre de monument historique l’année suivante.

    En fait, bien peu de Montréalais, encore aujourd’hui, savent qu’une telle œuvre a été construite chez eux…

    Je vous en parle, aujourd’hui, parce que la nouvelle de sa transformation est passée inaperçue, il y a dix jours.

    L’arrondissement de Verdun a en effet dévoilé, le 3 février, la station fraîchement reconvertie, devenue… La Station.

    Il s’agit maintenant, grâce à la firme FABG (photo ci-dessous), de la «toute première installation intergénérationnelle de l’île de Montréal», selon le maire Claude Trudel.

    On y retrouve une maison offrant des activités et des services aux ados ainsi qu’aux aînés : informatique, cuisine collective, aide aux devoirs, etc. Sans oublier une exposition en l’honneur de l’architecte qui a, initialement, rendu tout cela possible.

    Une belle façon, je trouve, de redonner vie à ce fleuron.

    Crédit: Les architectes FABG

    Crédit: Les architectes FABG

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    • C’est très bien. Il me semble que ça serait bizarre d’y faire du yoga avec des murs en vitre comme ça. Surtout au niveau de la rue, mais pour d’autres activités pourquoi pas.

      Je vous remercie de nous faire découvrir des choses comme ça. Probablement que peu de gens savaient que le design avait été fait pas Ludwig Mies van der Rohe. “I guess a lot of us MIESsed it”.

      Et on lui donne peut-être trop de crédit : “Cette ancienne station-service de style moderne est connue pour avoir été dessinée par Mies van der Rohe ou du moins, des membres de son équipe. ”
      http://imtl.org/edifices/Station_service_Ile-des-Soeurs.php

      Il a travaillé avec Paul H. Lapointe. Un architecte montréalais.

      Selon la Gazette du 20 septembre 1968 “Ludwig Mies vand der Rohe was the design consultant working in collaboration with Montreal architect Paul H. Lapointe.”

      http://news.google.com/newspapers?id=9aUtAAAAIBAJ&sjid=5J8FAAAAIBAJ&pg=2948,4865305&dq=montreal+architect&hl=en

      Alain Lajoie

    • C’est en effet un privilège que nous avons en tant que Montréalais de profiter de l’une des oeuvres de MVDR. Ce dernier, souvent cité à titre du Beethoven de l’architecture, fut l’un des géants de l’architecture moderne.

      C’est un bel hommage que l’on fait aujourd’hui à cette station en en convertissant l’usage. En effet, Mies van der Rohe travaillait le plan de sorte à ce qu’on puisse le transformer au gré des besoins. Architecture universelle? On verra, mais pour le moment c’est un pas dans cette direction.

      Félicitation à FABG, une firme Montréalaise qui brille par son souci du détail et par l’attention qu’elle porte à redorer nos institutions culturelles.

      Francis Huneault

    • Si je ne m’abuse, le Westmount Square a aussi été dessiné par MVDR. Je passe souvent près de cet ensemble d’édifices et c’est, d’après moi, un des plus beaux de Montréal. Martin Desbiens

    • Je cite FC :
      Le propriétaire voyait grand, très grand même. Il souhaitait faire de ce petit bout de terre «le plus merveilleux domaine résidentiel de l’Amérique du Nord».

      Maintenant voyez ce que le manque de vision et d’un plan d’urbanisme cohérent a fait de l’Ile des Sœurs. Ce n’est pas une catastrophe mais ce n’est certes pas un modèle.

      Cet exemple milite dans le sens de la recommandation de Mr Cardinal de réfléchir avant d’agir au sujet de Griffintown.

      Bernard Théroux
      Hochelaga

    • @Nike

      “Maintenant voyez ce que le manque de vision et d’un plan d’urbanisme cohérent a fait de l’Ile des Sœurs. Ce n’est pas une catastrophe mais ce n’est certes pas un modèle.”

      Voyez ce que le manque de vision et de plan d’urbanisme cohérent a fait à Laval. Là, C’EST une catastrophe.

      R. Adams

    • @MBD1

      Effectivement, le Westmount Square est l’oeuvre de MVDR. Voyez maintenant comment l’ajout d’une tour hors-ensemble angle Sainte-Catherine et Greene ruine l’effet. Encore là, manque de vision et de cohérence.

      R. Adams

    • @radams

      Bon point, je m’incline.

      Bernard Théroux
      Hochelaga

    • @radams
      La manque de cohérence est assez généralisé en Amérique du Nord. Laval a des coins affreux. Le boulevard Taschereau n’est pas mieux. J’en ai vu plein d’autres exemples aux USA.

      Par-contre, j’ai vu de super beaux quartiers d’affaires au New-Jersey, Pennsylvanie et à Atlanta. Et même les McDo se fondent dans le décor à New Orleans.

      La job d’urbaniste doit être très frustrante lorsque les politicailleurs passent outre à leurs recommandations. Je me demande si ils se font un classement de villes qui ont de la cohérence ?

      Alain Lajoie

    • @R Adams

      “Effectivement, le Westmount Square est l’oeuvre de MVDR. Voyez maintenant comment l’ajout d’une tour hors-ensemble angle Sainte-Catherine et Greene ruine l’effet.”

      En effet, qui laisserait un Picasso entre les mains d’un artiste du dimanche? C’est ce qu’a fait Westmount en laissant le Westmount Square se faire dénaturer par l’intervention d’un promoteur sans envergure et sans culture. Ce qui est le plus dramatique là-dedans, c’est que c’est irréversible… En somme, c’est un excellent exemple de développement en pièces détachées.

      Curieux de la part d’une ville si stricte et conservatrice d’un point de vue architectural.

      Francis Huneault

    • Je vous recommande “Regular or Super”, un magnifique documentaire sur Mies, signé Joseph Hillel et Patrick Demers.
      Jean-Luc Bonin

    • Je suis bouche bée. Non seulement la reconversion de cette station service est «édifiante», mais c’est une des rares fois où le sujet, au lieu de déclencher une foire d’empoigne dans les commentaires, suscite une belle unanimité. Merci!

      Gilbert Dion

    • Dans une entrée de son blogue, il y a quelques semaines, M. Cardinal a parlé de l’ouvrage de Jane Jacobs intitulé “The Death and Life of Great American Cities” (j’oublie le titre français). Par un curieux hasard, j’étais justement en train de lire ce livre, et j’y trouve les explications de tout ce qui a pu clocher dans “l’aménagement” de Laval (où je vis). Comme le souligne gl000001, il y a de super beaux quartiers un peu partout même si le manque de cohérence est généralisé sur le continent. Chose certaine, il est généralisé à Laval où, tout juste cette semaine, on a annoncé la construction d’un amphithéâtre qui se veut la pièce maîtresse du développement du Quartier de l’Agora, alors que l’on continue de faire bâtir des immeubles en bordure de ce quartier qui ne s’intégreront aucunement dans l’ensemble.

      Dans le cas précis de Laval, on peut dire que depuis 40 ans le maire actuel est atteint du syndrome de la pépine aiguë. Gilles Vaillancourt n’a jamais vu un espace vacant où il n’a pas imaginé quelque chose de bâti. N’importe quoi, pourvu que l’espace ne reste pas vacant. “If you build it, they will come!” Cela a fait en sorte que des quartiers complets ont poussé comme des champignons, mais qu’on n’y trouve aucune mixité des usages. Pas de commerce de proximité, et aucune espèce de raison d’y circuler (des caractéristiques énumérées par Jane Jacobs comme essentielles à la vitalité d’un quartier). Par conséquent, tout le monde se retrouve dans les centres commerciaux et les artères qui délimitent ces quartiers-champignons. Et pour le transport en commun, on repassera. Il n’y a pas un seul tracé droit dans tout Laval.

      Ce qui me ramène au sujet du jour : la vision à long terme. La vision à court terme de Gilles Vaillancourt a généré des problèmes à moyen terme pour lesquels il faut des solutions à long terme. Il est impossible de revenir en arrière et de démolir le bâti. Le résultat est que les Westmount Square 4 (que je vois de la fenêtre de mon bureau) sont légion sur l’île Jésus.

      Et probablement ailleurs aussi, j’en conviens. La grande question : Que fait-on maintenant à propos de ça?

      R. Adams

    • Ah tiens, j’avais oublié. Merci d’en parler.
      L’été dernier lors d’une balade à bicyclette en passant par l’ile des soeurs, j’avais vu le chantier de la restauration. Intéressant concept aussi que de trouver une nouvelle vocation et honorer l’architecture, plutôt que de la dénaturer.
      Mies a aussi réalisé des bâtiments résidentiels à l’ile des soeurs, et le plan directeur si je ne m’abuse.
      @gl00001 on ne lui donne pas trop de crédit: c’est normal que des des bureaux étrangers s’associent à des bureaux locaux dans l’exécution de ce genre de mandats d’architecture (codes, normes, etc…) et quant à la notion que ce seraient “des membres de son équipe…” et bien oui, comme Frank Gehry a des projets partout dans le monde, il a bien aussi une équipe.
      Le Westmount Square est un autre bel ensemble de Mies à Montréal, dont la galerie marchande a été rénovée dans la controverse de l’ajout de puits de lumières à l’oeuvre originale.
      Mais pour ceux que la chose intéresse, ii y a Docomomo(québec) organisme voué à la documentation et la conservation des oeuvres architecturales du mouvement moderne.
      À Montréal, la Place Ville-Marie est incontournable (I.M.Pei le même architecte que la pyramide du Louvre avec Henry Cobb) mais il y aussi la tour de la bourse (Place Victoria) de l’architecte ingénieur italien Pier Luigi Nervi, la biosphère (pavillon américain de l’expo) par Buckminster Fuller, on chuchote même que Frank Lloyd Wright avait conçu une résidence pour les Thaxter Shaw à Westmount qui n’a jamais été réalisée. Sans compter le plan directeur du Mont-Royal d’Olmstead.
      JF Garneau

    • @radams
      Ce qui me choque le plus à Laval, c’est le code de l’arbre à deux vitesses. Les citoyens doivent demander, avec raison, la permission pour couper un arbre situé sur le devant du terrain (ils devraient protéger tous les arbres). Mais les compagnies semblent faire ce qu’elles veulent.

      Exemple : Lefebvre et Benoit dans l’est le long de la 440/25. Il y avait des arbres, maintenant, il y a une cour à bois. Ils ont planté des petits arbres qui prendront 20 ans avant de cacher cette horreur.

      Ou bien, le boulevard Armand-Frappier entre Notre-Dame et du Souvenir, un nouveau bout de rue. Les batiments des compagnies pharmaceutiques (surtout) sont dans le fond du terrain avec un parking en avant. Il y avait des arbres. A Atlanta, il y a 50 pieds d’arbres, la batisse et le parking est en arrière. La cohérence ne coute pas cher quand on dit qu’on prévilégie le vert. Laval a quand même réussi à passer à coté.

      Alain Lajoie

    • @JF Garneau,

      Merci pour la liste que vous détaillez sur les oeuvres architecturales et urbaines que l’on peut admirer à Montréal. Une chose est marquante toutefois: votre liste s’arrête aux années ‘60-’70.

      C’est normal en fait, car après cette époque, peu d’architectes internationalement reconnus ont oeuvrés dans la métropole. En contrepartie, la scène locale a pris son envol avec Hanganu, Saucier+Perrotte, FABG et tout récemment _Naturehumaine (entre autres bien sur). Ce n’est pas rien et il faut le souligner.

      Votre commentaire me fait aussi penser qu’il serait néanmoins souhaitable de profiter d’un point de vu extérieur pour de nouveaux projets tel que le Pont Champlain, la restauration du MACM ou même le plan directeur de Grinfintown. C’est sein de se mesurer à d’autres visions.

      N’est-ce pas?

      Francis Huneault

    • @francisk tout-à-fait d’accord!

      Je pensais aux années de la période du projet de l’ile des soeurs (sauf évidemment FLW et Olmstead)
      mais il reste qu’il s’est fait, et se fait encore de l’excellente architecture ici, par des étrangers, mais aussi par des architectes d’ici.
      Le complexe Desjardins était un concept novateur à l’époque, pensé par LaHaye, Ouellet, Gauthier Guité Roy etc. Et si on sort de Montréal, comment ne pas penser à Jean-Marie Roy et son oeuvre significative d’architecture moderne québécoise, Ray Affleck aussi…
      Plus près de nous évidemment Gilles Saucier et André Perrotte qui font partie de la catégorie “nul n’est prophète en son pays…” Éric Gauthier, Jean-Pierre LeTourneux, Big City… des grosses pointures… et probablement toute une génération montante…

      Ce qui m’étonne c’est qu’aujourd’hui nous avons perdu la notion de la qualité architecturale dans la société. On consomme du DIX30, des “power centers”… mais ça prend tout notre petit change pour faire des bâtiments significatifs (j’entend pas ici de la starchitecture, mais seulement une architecture soignée et de qualité) parce que le bon peuple n’a pas ça sur son radar. Les architectes ne peuvent être aussi bons que la qualité de la commande. Or on le voit, quand Imperial Oil passait une commande de qualité…
      Si la qualité urbaine et architecturale, la qualité de notre environnement bâti commun devenait une priorité, on éviterait les faux départs, déceptions et regrets d’investissement massifs, mais peu intéressés ou coordonnés.

      JF Garneau

    • Au fait @François Cardinal, peut-être une belle opportunité pour le blogueur invité de la chronique du lundi… de quoi Montréal a besoin, de donner la parole à des architectes, jeunes et impliqués…
      J’dis ça d’même…
      JF Garneau

    • @jfrancois001

      Retenant votre suggestion, j’aimerais proposer pour cela l’ŒUF (Office de l’éclectisme urbain et fonctionnel), créé par le cabinet Olivier Pearl Poddubiuk et associés.

      On me permettra un lien, j’espère : http://loeuf.com/fr/accueil

      R. Adams

    • @ JF Garneau et R. Adams

      Vos propositions ne tombent pas dans l’oreille d’un blogueur sourd. Merci!

      François Cardinal

    • Nous sommes tous en partie responsable de cet ignorance. Montréal, est divisé en deux, Français/Anglais. Beaucoup des plus belles constructions des années 50, 60 furent le fruit de l’élite des affaires de Montréal. Une élite en grande partie anglophone, dans laquelle beaucoup de Québécois ne se reconnaisse pas. Ainsi Montréal est parsemmé d’un héritage Anglais, de l’époque ou la ville était la plus grande du Canada. Le collectif francophone ne se s’y reconnaît pas. La gare Windsor, L’édifice SunLife, L’édifice Aldred, la place Ville-Marie, Westmount Square etc. sont des monuments Montréalais dont la majorité Francophone ne tire presque aucune fierté. Si nous apprenions à nous aimer pour qui nous sommes réellement et nous embrassions notre identité collective, la ville au grand complet s’en porterait beaucoup mieux et tous les Montréalais pourraient jouir d’une fierté collective qui aiderait beacoup cette chère ville.
      G. Gomez

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