Quel avenir pour Montréal?

Archive du 10 février 2012

Vendredi 10 février 2012 | Mise en ligne à 6h10 | Commenter Commentaires (83)

La banlieue se déchaîne contre Montréal? Tant mieux.

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Afin d’encourager un débat respectueux, seuls les commentaires signés sont publiés. Merci.

C’est la version contemporaine de la guerre des clochers : la banlieue contre la ville.

Les banlieusards se sentent incompris, jugés, méprisés par les citadins. Et les citadins se sentent envahis, importunés et emboucanés par les banlieusards et leurs chars.

Un cliché, vous dites?

C’est que vous n’avez pas participé à l’échange provoqué par le dernier billet de ce blogue, parcouru la centaine de commentaires qu’il a suscités ou lu les lettres publiées aujourd’hui dans La Presse

Pas besoin de se rendre à Calgary pour constater l’existence de deux solitudes : il y en a deux, ici même, dans la région de Montréal.

Que retrouvait-on dans ces commentaires? Un peu de tout. Certains ont quitté l’île pour la banlieue, d’autres ont fait le chemin inverse. Certains sont partis à regret… mais ne veulent plus revenir, tandis que d’autres ne pourraient jamais s’imaginer traverser les ponts.

On retrouvait de tout, donc, mais ce qui m’a personnellement frappé, c’est que les banlieusards qui ont réagi semblent avoir davantage fui l’île qu’adopté la banlieue.

Les commentaires étaient en effet davantage contre la ville que pour la banlieue.

Certains, il est vrai, ont évoqué la tranquillité de la banlieue, ses espaces verts et ses rues sans nids de poule. «Le stationnement y est gratuit, notait par exemple Michel Notredame, pas besoin de tourner sans fin, pas de bouchons de circulation, pas d’innombrables nids de poules, pas de rues sales et mal entretenues.»

«La banlieue où j’habite est très belle, renchérissait Xavier Raymond, de Mont Saint-Hilaire. Il y a de l’espace, de la verdure, de la forêt, des parcs, des champs en masse, le beau Richelieu gèle en hiver et est très propice à de grandes marches sur la glaces avec mes chiens.»

Mais globalement, hormis quelques louanges, on s’est évertué à critiquer Montréal (une habitude qu’ont prise, curieusement, certains habitués de ce blogue… sur Montréal!).

On a ainsi évoqué le coût des propriétés sur l’île, d’abord et avant tout. Mais aussi les programmes approximatifs d’accès à la propriété de Montréal, sa surtaxe à l’immatriculation, l’état de décrépitude de ses infrastructures, l’absence d’équipements municipaux pour la famille, les hausses à répétition de taxes et de tarifs, la baisse de service liée au gel des dotations d’arrondissement, etc.

Certains y allaient ainsi d’observations à méditer, comme François Tremblay. Il soulignait que le programme d’accès à la propriété de Montréal ne tient pas compte des prix du marché dans chaque arrondissement, que «les montants maximums correspondent ainsi à des quartiers éloignés comme Montréal-Nord ou Pointe-aux-Trembles.»

Or tant qu’à se rendre aussi loin, se demandait-il, pourquoi ne pas opter pour une maison moins chère en banlieue?

Commentaire tout aussi déstabilisant de la part de Simon Dupras, propriétaire d’un plex dans Rosemont. «Un premier achat, cette propriété, écrit-il. Mais non, les programmes municipaux ne m’ont pas aidé puisque la valeur des propriétés admissibles à cet incitatif est risible.»

«Le problème, ajoutait-il, c’est je suis trop riche pour être pauvre et trop pauvre pour être riche.»

Tout aussi caustique, Georges Henri, un citadin devenu banlieusard, s’en est pris à la nouvelle taxe sur l’immatriculation imposée aux seuls résidents de l’île. «À Montréal, je marchais et prenais le métro, mais je devais payer une surcharge pour avoir le droit de laisser mon auto dans mon stationnement privé, sur lequel je payais déjà des taxes foncières.»

«En revanche, en tant que banlieusard, notait-il, je ne paie aucune surcharge pour venir travailler à Montréal en auto! Ri-di-cu-le.»

D’autres, comme Jean-François Garneau, y allaient de diatribes laissant paraître une évidente déception. «Les surtaxes stupides, taxe d’immatriculation ou nouvelle taxe de déneigement des entrées sont autant de petits montants qui ont un effet dévastateur sur l’image et l’attrait de la ville.»

Un cri du cœur repris par JP Godbout : «Oui Montréal tu es excitante, mais bordel que tu me coûtes cher pour ce que tu me redonnes!»

Désolant que tout cela, au moment où l’on apprend, grâce au dernier recensement, que l’on compte pour la toute première fois plus de résidants vivant à l’extérieur (1 937 740) que dans l’île (1 886 481)…

Mais bon, entre vous et moi, je préfère lire 1000 critiques acerbes contre Montréal qu’une seule éloge des lointaines couronnes…

Pourquoi? Parce qu’on peut répondre aux critiques, pas aux éloges.

Le citadin qui quitte l’île pour humer le grand air de la banlieue, posséder un grand terrain et une énorme maison, personne ne peut le retenir.

Mais le citadin qui part parce que les taxes sont trop élevées, que les programmes municipaux sont trop chiches ou que les rues semblent avoir été bombardés… on peut finir par le convaincre de rester en limitant la hausse du fardeau fiscal, en bonifiant les programmes d’accès ou en prenant davantage soin de la voirie.

«Le problème, a souligné avec justesse R. Guillet, ce n’est pas que certains préfèrent la banlieue à la ville, mais bien que plusieurs voudraient rester en ville… mais en sont incapables».

Le maire lit-il ce blogue?

En tout cas, il devrait. Car il y verrait certes une dure critique de ses actions, mais aussi une note d’espoir. Car ce qu’ont écrit bien des lecteurs, hier, c’est que l’étalement n’est pas une fatalité, plutôt un défi.

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