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Je suis généralement d’accord avec l’organisme Héritage Montréal. Mais protéger le Square Viger? Sérieusement?
Dans sa liste des dix endroits menacés, dont je faisais mention la semaine dernière, on retrouvait un des trois îlots du Square Viger, celui qu’a conçu l’artiste Charles Daudelin. Il est «menacé» par un projet de reconfiguration majeure souhaité par la Ville, au même titre que le deuxième îlot, signé Claude Théberge.
Malgré tout le respect que l’on doit à ces peintres et sculpteurs de renom, disons-le : enfin!
Charles Daudelin et Claude Théberge ont marqué la scène artistique québécoise, ils ont laissé un riche héritage… mais le Square Viger, hélas, ne figure pas parmi leurs chefs-d’œuvre.
Distinguons, d’ailleurs, l’œuvre dont ils ont chacun doté leur section du Square… et le square comme tel. La fontaine Mastodo (Daudelin) et la sculpture Forces (Théberge) sont de fantastiques témoins de leur époque qu’il importe de traiter avec toute la déférence qu’ils méritent (le Mastodo doit d’ailleurs être déménagé aux Bassins du Havre).
Mais on ne peut en dire autant des espaces «publics» qui les entourent, qui sont sinistres et très peu accueillants.
Entendons-nous, il ne faut pas réaménager le Square parce qu’il est un coupe-gorge (ou du moins ce que Montréal possède qui s’y rapproche le plus). Ce problème social peut certainement se régler sans tout raser, comme on a pu le voir lors des très animés Outgames, qui avaient fait du Square leur épicentre.
Plutôt, il faut tout reconfigurer parce que les îlots ne s’intègrent nullement à leur environnement, parce qu’ils «bétonnisent» un coin de la ville qui mériterait mieux et parce qu’ils sont refermés sur eux-mêmes plutôt que d’être ouverts sur le quartier.
Rappelons qu’à la suite de la construction de l’autoroute Ville-Marie, le ministère des Transports avait confié l’aménagement des trois sections à trois artistes réputés (le troisième est Peter Gnass), qui l’ont complété en 1985.
Mais clairement, Daudelin et Théberge n’ont pu compter sur un grand encadrement à l’époque. Le Bureau d’art public de Montréal, d’ailleurs, n’a été créé qu’en 1989…
Cela saute au visage lorsqu’on arpente les différentes sections du site. Situé entre les rues Saint-Denis et Berri, l’Agora de Daudelin est en dépression, ce qui a pour effet d’écraser la place sous le niveau de la rue. Ajoutez à cela les «paralumes» qui couvrent une bonne partie du ciel, les nombreuses colonnes de béton qui enferment l’endroit, l’immense mur aveugle qui le traverse, les multiples coins sombres et vous vous retrouvez avec un espace qu’aucun piéton ne veut traverser…
L’îlot Théberge, situé entre les rues Berri et Saint-Hubert, n’est guère mieux. Fortifiée par des grilles galvanisées hautes parfois de 10 pieds, dotée d’une porte digne d’un château fort, la place recèle aussi bon nombre de lieux sombres qui empêchent les citadins d’y pénétrer sans crainte.
D’ailleurs, l’inquiétude suscitée par les deux espaces précédents se confirment lorsqu’on marche sur le troisième et dernier îlot (entre les rues Saint-Hubert et Saint-André), réaménagé il y a quelques années. Situé en hauteur, on s’y sent soudainement beaucoup plus en sécurité. Et on peut aussi y admirer les bâtiments environnants, l’Union française et le Château Viger notamment, sans buter le regard sur des colonnes de béton, comme au début du XXe siècle.
Héritage Montréal répond qu’un bon programme d’animation, comme la Ville en promettait un, pourrait redonner vie au Square. Je n’y crois pas une seule seconde. Il faut plutôt, à mon avis, se réapproprier ces lieux, les repenser en fonction de leur environnement, les ouvrir au quartier et aux Montréalais.
Bref, il faut les raser.
Qu’en pensez-vous? On protège, en tout ou en partie? Ou on réaménage complètement?
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