
Jane Jacobs, anthropologue de la ville...
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Bien d’accord avec le maire Tremblay, ce matin, qui soutient que «les villes sont le futur».
C’est là que la richesse se crée, là que le boum démographique se vit, là que la plupart des futurs citoyens se concentreront, là que la lutte contre les changements climatiques se fera…
D’où l’importance de bien comprendre les milieux urbains dans lesquels nous sommes plongés, pour y vivre ou y travailler.
En 2011, de nombreux livres urbains ont été publiés pour nous aider, dont plusieurs valent la peine. Pensons à The Triumph of the City de Edward L. Glaeser (Penguin Press), qui présente les villes comme la plus importante des inventions humaines. Ode au développement urbain, cet ouvrage est aussi un tour de force en ce qu’il accorde autant d’importance à la ville, sa trame et ses gratte-ciels, qu’aux citoyens qui la composent.
Pensons aussi à Capitalisme contre le droit à la ville de David Harvey (éd. Amsterdam), qui analyse la ville avec une approche diamétralement opposée, celle de l’urbanisme marxiste (une branche bien vivante). Le point de vue est surprenant, en 2011, mais il est surtout nécessaire dans un contexte d’«occupation» mondiale de la ville.
Cela dit, LE livre de l’année est un vieil ouvrage dépoussiéré de 1961… qui se lit comme s’il avait été écrit en 2011 : The Death and Life of Great American Cities, de Jane Jacobs.
Je le cite en anglais, car seule la maison d’édition américaine Modern Library a eu la brillante idée de publier une nouvelle édition de ce chef d’œuvre pour célébrer ses 50 ans.
L’essai de cette américaine devenue canadienne à la fin des années 1960 se démarquait à l’époque par son avant-gardisme. Il se démarque aujourd’hui par sa clairvoyance.
Lorsqu’il a été publié, Déclin et survie des grandes villes américaines offrait en effet une rare et percutante critique du mouvement moderniste, qui visait à bulldozer l’ancien au profit de tours et d’autoroutes mégalomaniaques (Montréal n’y a pas échappé).
Aujourd’hui, il s’agit d’un ouvrage on ne peut plus actuel, qui a préfiguré l’urbanisme tel qu’il est de plus en plus pratiqué : un urbanisme à échelle humaine, qui mise sur l’apaisement de la circulation pour redonner sa place au piéton.
On pense spontanément au Plateau et aux mesures du maire Ferrandez, mais il y a bien d’autres arrondissements qui avaient ouvert le bal en détricotant tranquillement le legs des générations passées à l’aide de dos d’âne, de trottoirs en saillies, de vitesses réduites et de pistes cyclables.
Lire ou relire le best seller de Jane Jacobs, véritable anthropologie citadine, permet de faire appel au passé pour comprendre la pertinence de ces mesures d’avenir.
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Mentions spéciales :
- Urban Code: 100 Lessons for Understanding the City (MIT Press), petit livre qui permet de décortiquer les quartiers dans leur menu détail pour mieux comprendre leur dynamique. Sorte de Déclin et survie des grandes villes américaines pour lecteurs pressés…
- Vivre Montréal – 1920-1969 (Publications du Québec), un bijou historique qui permet de circuler entre le marché aux poissons, les tavernes interdites aux femmes, les dépanneurs Kik Cola, le parc Belmont et les incinérateurs d’un Montréal disparu.