Le blogue de François Cardinal

Archive, novembre 2011

Mercredi 30 novembre 2011 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (19)

Montréal: un bon budget. Responsable, même…

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L’exercice relève de la chorégraphie : la Ville annonce un budget aux dépenses en hausse, l’opposition se déchire la chemise et les contribuables déchainent leur colère sur les différentes tribunes.

Les réactions au budget de Montréal, dévoilé tout à l’heure, ne font pas exception à la règle (tous les documents se trouvent ici, et la réaction de Projet Montréal est ici).

Et pourtant, il s’agit d’un bon budget. D’un budget responsable, même…

Attaquons tout de suite les deux enjeux les plus épineux : la hausse des dépenses et celle des taxes foncières.

- Les dépenses augmenteront de 5,2% en 2012. C’est beaucoup… si on fait abstraction des régimes de retraite. À eux seuls, ils expliquent plus de la moitié de cette hausse. Éliminez ce problème et les dépenses ne grimpent que de 2,3 %, soit moins que l’inflation.

Or il faudrait être de mauvaise foi pour attribuer le problème des retraites et de leurs coûts galopants au maire Tremblay, étant donné que la plupart des villes du Québec en sont victimes.

- Les taxes foncières, pour leur part, gagneront 2,5%. Encore une fois, on demeure au niveau de l’inflation. À quoi il faut ajouter 0,5% afin de retaper les infrastructures liées à l’eau, une dépense qui est tout sauf frivole.

Le propriétaire d’une maison unifamiliale moyenne (345 000$), devra ainsi assumer une facture additionnelle de 95$.

Or cette augmentation somme toute raisonnable survient au moment où, précisément, la Ville pourrait utiliser toutes sortes de prétextes, tout à fait justifiés au demeurant, pour allez en chercher plus dans les poches des contribuables.

Voyez par vous-même :

- la Ville a décidé de prendre ses responsabilités et de s’attaquer aux legs empoisonnés des administrations passées plutôt que de les pelleter, à son tour, aux générations futures.

Aux prises avec 29 bris chaque année pour chaque 100 km de canalisation d’eau, la Ville investit dix fois plus dans leur entretien qu’en 2001. Même chose pour les infrastructures de voirie qui nécessitent, en raison de leur vieillissement accéléré, des dépenses en hausse de 560% par rapport à 2001!

- les dépenses supplémentaires en sécurité publique représentent à elles seules 0,9% de la hausse de 5,2% des dépenses. C’est énorme! Or où va cet argent? À 90% dans la masse salariale des pompiers et policiers, en raison de l’indexation et des progressions statutaires. Bien difficile d’échapper à un tel débours quand on connaît l’historique des concessions municipales et le pouvoir de négociation démesuré des syndicats municipaux…

- la TVQ et le prix de l’essence ont augmenté de façon non négligeable, ce qui signifie des dépenses supplémentaires pour la Ville. Elle doit en effet payer la taxe provinciale sur leurs achats de biens et services (elle n’est compensée qu’en partie), elle doit faire rouler sa flotte de véhicules, chauffer ses bâtiments, etc.

- bien des postes budgétaires ont connu des hausses afin d’accroître les services de proximité. Pensons aux bibliothèques qui profiteront de nouvelles ressources et d’heures prolongées (1,6 M$). Pensons aux arénas qui seront mis aux normes (50 M$), aux nouveaux complexes sportifs de Saint-Laurent et de Saint-Michel (73 M$) et à la réhabilitation de plusieurs parcs de Montréal (152 M$). Or qui demandent ces services? Les contribuables.

- le boum immobilier que vit actuellement la métropole est une excellente nouvelle, mais il se traduit aussi par des dépenses additionnelles. On ne laisse pas 60 grues grimper dans le ciel sans ajouter des employés pour s’occuper des permis, de l’encadrement des projets et de l’offre aux entreprises. Il faut dépenser de l’argent pour en faire…

Bon, est-ce que tout cela veut dire que l’Administration est exemplaire, qu’elle a tout fait pour réduire jusqu’à la dernière cenne de dépenses superflues? Pas du tout. Il y a plusieurs bouts qui retroussent, dans ce budget.

Comment se fait-il, par exemple, que les 15 M$ que la STM a réussi à dégager en productivité sont engloutis dans le fonds consolidé? Comment justifier, dans la même veine, que le budget d’exploitation versé à la STM ne soit pas augmenté au moment où l’affluence explose?

Comment se fait-il que dans cette énorme bureaucratie il soit impossible de réduire par attrition, de façon absolue, le nombre d’employés? Comment justifier que les arrondissements aient aussi peu de marge de manœuvre alors que l’administration fait l’apologie des services de proximité?

Cela dit, dans le grand tout, dans un budget qui frôle des 5 milliards de dollars, ces questions et réserves sont certes importantes, mais elles ne sont pas suffisantes pour déchirer sa chemise sur la place publique…

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Mardi 29 novembre 2011 | Mise en ligne à 15h33 | Commenter Commentaires (21)

Trois idées à piquer à New York…

Taxi NY

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Impossible de répliquer l’ambiance de New York à Montréal. Mais cela ne veut pas dire que Montréal ne peut pas s’inspirer de New York…

Je me suis permis une petite virée dans cette ville hors du commun, il y a quelques jours, et j’en ai rapporté une foule d’impressions, de photos (celles qui accompagnent ce billet) et d’idées.

En voici trois, très concrètes, applicables ici même, demain matin (bon, peut-être après-demain…).

Taxi 3 NY1) Taxi collectif

Prise à la gorge financièrement, la Ville de New York a récemment décidé d’abolir et de restructurer une cinquantaine de lignes d’autobus qui étaient non rentables.

En lieu et place, elle a implanté un service de taxi collectif, appelé Group Ride Vehicle : il y a des arrêts spécifiques, plusieurs passagers embarquent à la fois et cela ne leur coûte que 2$.

Pourquoi ne pas faire la même chose ici, comme le propose Vision Montréal? À la fois pour remplacer les lignes où les bus roulent vides et pour ajouter des lignes là où il n’y a pas suffisamment d’usagers pour implanter un service de bus. Cela aiderait à la fois les usagers, les finances de la STM et l’industrie du taxi.

Bouffe2) Vente de nourriture ambulante

Ai-je besoin de rappeler tous les détails de cette aberration souvent soulignée par ma collègue Marie-Claude Lortie? Allons-y tout de même.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (!), la vente d’aliments sur le domaine public est interdite à Montréal. À l’époque, l’administration évoquait l’importance d’agir en raison de «l’absence de précautions sanitaires», de «l’entrave à la circulation» et de «la concurrence que font ces marchands à des commerces établis qui paient une taxe d’affaires».

Or il n’y a qu’à se promener à New York pour constater que tout cela peut très bien être contrôlé, que la Ville peut trouver son compte et les citadins aussi. Quel bonheur que de sentir les marrons chauds et de manger des hot-dogs «jumbo» sans quitter la rue et son atmosphère. D’ailleurs, ceux qui ont profité du minifestival «Juste pour nourrir» ou des merveilleux tacos de Grumman78 cet été comprennent très bien ce que je veux dire…

Times Square3) Piétonnisation du cœur urbain

Times Square livré aux piétons…

Quiconque aurait évoqué une telle chose il y a dix ans aurait été interné, sans appel. Or c’est aujourd’hui chose faite. Le principal lieu de convergence de New York, où les autos et taxis ont toujours fait la loi, a laissé place en bonne partie à des tables et des chaises, une piste cyclable et une immense plaza où seuls les piétons ont leur place.

On le fait en été, ici, avec la rue Sainte-Catherine, dans le Village, et la rue Saint-Paul. Les boulevards Saint-Laurent et Mont-Royal sont aussi fermés quelques jours. À quand la rue Sainte-Catherine au centre-ville?

PS: non, je n’ai pas nommé le High Line Park, tout simplement parce que je vois pas où Montréal pourrait faire quelque chose de similaire.

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Chaque lundi, un blogueur invité a pour mandat de nous dire de quoi Montréal a besoin, concrètement. Cette semaine, l’ancien ministre Camil Bouchard répond, sous forme de lettre. N’oubliez pas de signer votre commentaire.

camilFrançois,

Montréal a besoin de tant et tant de choses : cacher ses fils, repaver ses rues, apaiser son trafic, électrifier ses transports, repeindre  ses camions de vidange! Mais, j’habite NDG et je fréquente Monkland, Sherbrooke Ouest et Ste-Catherine Ouest. Voici donc les mots qui me sont venus…

Montréal doit sortir de son ambiguïté identitaire. Montréal sans problème de personnalité, c’est Montréal la francophone, couveuse d’une langue et qui en assure la présence et le déploiement en Amérique. C’est Montréal française de partout, dans ses moindres racoins, dans toutes ses vitrines, dans son affichage d’une culture riche et envoutante à décoder. C’est Montréal qui accepte de se laisser deviner drapée d’un voile francophone aguichant. C’est Montréal la française sans complexe et sans retenue, belle comme ses accents vernaculaires de la pointe de l’Est, comme ses accents du Centre, du Nord et du Sud venus du monde européen, asiatique, sud-américain, antillais, africain, gaspésien, belle comme ses accents anglo-saxons de la pointe de l’Ouest. C’est Montréal recréatrice d’une langue qui débrouille nos complicités, nos chicanes, nos joies, nos déceptions, nos engouements, d’une langue de l’entendement que nous avons de nous-mêmes, d’une langue accent d’une identité assumée, sereine, accueillante, vibrante. C’est Montréal qui tressaille en français du frottement des grandes plaques culturelles européennes et américaines. C’est Montréal dépositaire d’une mission exaltante: nicher et dorloter une langue qui dit que  La grosse femme d’à-côté est enceinte sans besoin de traduire l’évidence. C’est Montréal fière dans son entêtement à se reconnaître telle qu’elle est, avec un é, if you don’t mind!

Cette culture française parlée et écrite  que nous bricolons de notre mieux en Amérique du Nord est la plus grande richesse de Montréal. Nous l’oublions trop facilement. Nous ne l’aimons pas vraiment. Montréal perd doucement, muettement, paresseusement, par insouciance, par indolence, par nonchalance, par ignorance, par couardise le supplément d’âme qu’elle peut offrir au monde. Une fois cette richesse non renouvelable épuisée, elle pourra ressembler tantôt à Milwaukee, tantôt à Toronto, tantôt à Winnipeg, parfois à Québec, jamais à son identité perdue.

Elle s’appellera Montreal, sans é. I mind!

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