Le blogue de François Cardinal

Samedi 20 septembre 2014 | Mise en ligne à 8h13 | Commenter Commentaires (46)

On fait quoi avec la Ste-Cat? Quatre scénarios…

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Vous aurez remarqué que je manque de temps pour alimenter le blogue. Mes excuses, je tente de concilier ce passe-temps avec ma job du mieux que je peux. Pas toujours facile…

En plus de cette tribune, cette semaine, il y a le réaménagement de la Sainte-Catherine Ouest (d’Atwater à Bleury) dont je n’ai pas eu le temps de m’occuper. Et c’est dommage, car c’est un des plus importants sujets de l’heure à Montréal.

Avant de me prononcer (je vous avoue que ce sujet me donne du fil à retordre), je vous suggère de dresser la liste des options qui sont maintenant sur la table. Bien curieux d’avoir votre opinion sur ces différents scénarios de partage de l’emprise de rue.

À noter que toutes ces options permettent la piétonnisation permanente, temporaire ou saisonnière de la rue (d’où le «mode piéton dans la description sous chaque image). Elles peuvent aussi intégrer des mesures de verdissement et des espaces de repos.

On est donc davantage dans les grandes lignes que dans le détail. Je vous les présente et vous laisse vous exprimer…

* Voici la situation actuelle

actuel

Rue à sens unique, deux voies de circulation, deux voies de stationnement en rive.

* Voici l’option A, sorte de compromis

A

• On améliore la desserte en transport collectif en tout temps

• On conserve un maximum d’espaces de stationnement et de livraison

En mode piétons:

• Possibilité d’améliorer la desserte en transport collectif grâce au double sens

En mode tous usagers:

• Rue à double sens (2 voies de circulation)

• Possibilité d’améliorer la desserte en transport collectif grâce au double sens

• Maintien de deux voies de stationnement en rive

* L’option B, qui met de l’eau dans le vin

B

• On offre plus de confort aux piétons

• On conserve un certain nombre d’espaces de stationnement et de livraison

• On permet la desserte en transport collectif en mode piétons

En mode piétons:

• Possibilité d’améliorer la desserte en transport collectif avec une circulation à double sens

En mode tous usagers:

• Rue à sens unique (2 voies de circulation)

• Élargissement des trottoirs

• Une voie de stationnement maintenue

* L’option C, qui mise sur des trottoirs maximisés

C

• On offre plus de confort aux piétons

En mode tous usagers:

• Rue à sens unique (2 voies de circulation)

• Aucun stationnement sur rue, du moins dans les sections les plus étroites

• Élargissement des trottoirs

* Et l’option D, qui mise sur des espaces multifonctionnels

D

• On offre un aménagement flexible qui répond à des besoins variables en fonction des saisons et du contexte.

En mode tous usagers:

• Rue à sens unique (2 voies de circulation)

• Conversion des voies de stationnement en espaces multifonctionnels qui peuvent servir soit d’espaces de circulation pour les piétons, soit d’espaces de destination (terrasses, œuvre d’art, etc.), soit d’espaces de stationnement.

Qu’en dites-vous? Un scénario vous allume plus qu’un autre?

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Samedi 13 septembre 2014 | Mise en ligne à 8h08 | Commenter Commentaires (55)

Je relève le défi du… Book Bucket Challenge

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Après le Ice Bucket Challenge, voici le Book Bucket Challenge, une idée qui émane de je ne sais trop où, d’un groupe indien semble-t-il, mais que j’aime bien.

Il suffit de citer, le plus spontanément possible, 10 livres qui nous ont marqués, de lancer le défi d’en faire autant à trois personnes, puis de verser un don à une organisation qui lutte contre l’analphabétisme.

Guillaume Lavoie, de Projet Montréal, a ainsi publié sur Facebook sa propre liste de 10 œuvres hier, puis il a lancé le Book Bucket Challenge à Richard Bergeron, Paul Houde et moi-même.

Je suis flatté. J’accepte volontiers. Même si l’exercice est plus ardu que je pensais. On arrive vite, mettons, à «dix livres qui nous ont marqués, d’une façon ou d’une autre»…

J’ai donc triché un peu. J’ai répondu au défi de Guillaume Lavoie en publiant ma propre liste de livres (que vous retrouverez aussi plus bas, pour les intéressés), mais j’en ai retiré toutes les œuvres qui concernaient les villes pour en faire une seconde liste, expressément pour ce blogue, que voici…

- The Death and Life of Great American Cities, de Jane Jacobs

LA référence pour quiconque s’intéresse à la mécanique urbanistique et anthropologique des villes. Publié en 1961, il s’attaquait de plein front au développement tout-à-l’auto pour y préférer un développement à échelle humaine. Pénétrant.

- Les Lisères, d’Olivier Adam

Roman d’un de mes auteurs préférés, ce livre cache une critique fort juste de la banlieue pavillonnaire française, qui ressemble un peu à nos propres cités de bungalows, mais avec des terrains plus petits et davantage de hautes clôtures. Sensible.

- Jean Drapeau, Susan Purcell et Brian McKenna

La seule véritable biographie de Jean Drapeau a été écrite en anglais, curieusement. Les livres publiés en français qui prétendent retracer sa vie ne sont, hélas, que des ersatz de biographie. Mais après l’avoir lu, on se demande qui pourrait faire mieux. Passionnant.

- Last Juror, de John Grisham

Certains pourraient être étonnés de retrouver ici un Grisham, mais celui-ci est un intéressant mélange de roman et d’essai urbanistique. C’est un suspense, mais qui par la bande se permet une sévère critique du développement rural et suburbain des années 1970, lorsque les centres commerciaux ont tué le cœur commercial des plus petites villes. Captivant.

- Triumph of the City, Edward Glaeser

Cet ouvrage est un grand écart entre le modernisme des tours résidentielles et l’urbanisme à échelle humaine, une apologie réussie de la densification avec un parti pris pour le bipède qui la vit au quotidien. Savant.

- La folie des grandeurs, Peter Trent

C’est une brique, certes, mais qui contient trois livres en un : une bio fascinante de l’auteur, la meilleure analyse des rapports anglo-franco qu’il m’ait été donné de lire et un récit à la première personne de la saga des fusions, que Peter Trent démolit avec moult chiffres. Nécessaire.

- Le pays réel sacrifié, Gérard Beaudet

Une charge à fond de train contre le rouleau compresseur des sacrosaintes «retombées économiques», qui servent trop souvent à justifier l’abandon des plus éléments considérations environnementales et urbaines. Pertinent.

- How Architecture Works: a Humanist Toolkit, de Witold Rybczynski

Une excellente introduction à l’architecture rédigée par un expert hors pair, ayant enseigné à l’université McGill, qui n’hésite pas à utiliser sa connaissance de Montréal pour la citer en exemple (ou en contre-exemple). Intéressant.

- Le rêve de Champlain, David Hackett Fisher

Je vous en reparlerai, mais ce livre est un must pour quiconque réfléchit au nom à donner au futur pont enjambant le Saint-Laurent. Disons que ça replace dans son contexte l’idée farfelue de remplacer le nom de Champlain par celui du Rocket… Fascinant.

- If Mayor’s Ruled the World, de Benjamin Barber

C’est le livre que j’aimerais voir sur la table de chevet de notre bon maire. Les États-Nations s’essoufflent clairement alors que les villes gagnent en importance et en pertinence. Les maires doivent prendre plus de place par l’entremise des partenariats et des réseaux. Engageant.

Et vous, quels seraient les livres, qui touchent les villes ou non, que vous mettriez dans votre propre liste si on vous lançait le Book Bucket Challenge?

***

Voici les 10 livres généraux qui m’ont marqué, tels que transis à Guillaume Lavoie…

- L’espion qui venait du froid, de John Le Carré

- From Beirut to Jerusalem, de Thomas Friedman

- Les trois livres de la trilogie Frank Bascombe (The Sportswriter, Independance Day, The Lay of the Land), de Richard Ford

- Albert Londres: vie et mort d’un grand reporter, de Pierre Assouline

- Henri Cartier-Bresson: L’œil du siècle, de Pierre Assouline

- La Route, de Cormac McCarthy

- L’œuvre au grand complet d’Emmanuel Carrère

- The Power Game, de Joseph S. Nye Jr

- The Secret Race, de Tyler Hamilton

- To Be a Runner, de Martin Dugard

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Mercredi 3 septembre 2014 | Mise en ligne à 16h59 | Commenter Commentaires (59)

Montréal a-t-elle besoin d’une architecture qui fait wow?

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Je reproduis ici une réaction à mes textes sur Montréal, Bilbao et les starchitectes (ici et ici). Elle est signée Guillaume Ethier, docteur en études urbaines, postdoctorant à l’école d’architecture de l’Université d’Édimbourg. Il consacre ses recherches à l’architecture iconique.

Le dévoilement en juin des maquettes du futur pont Champlain a relancé le débat quant à la pertinence de doter Montréal d’une nouvelle signature architecturale.

En se basant sur la vague d’architecture iconique qui déferle à l’international depuis plus d’une décennie, certains ont plaidé pour que Montréal emboîte le pas en érigeant à son tour un monument architectural présentant une signature visuelle forte. Pour eux, le nouveau pont Champlain, par sa modestie relative, constitue un rendez-vous manqué.

Contrairement à François Cardinal et à d’autres qui trouvent le pont élégant, se montrent pragmatiques (la fonctionnalité avant la beauté) ou préfèrent aux édifices phares les micromanifestations architecturales qui émaillent les rues de la ville, les partisans de la stratégie «iconique» disent en substance qu’ils manquent d’audace.

Or, cette « audace » de l’architecture iconique est une assertion problématique pour deux raisons.

D’abord parce qu’elle est infondée, mais aussi parce que l’audace est une qualité au cœur des représentations des Montréalais, qui aiment percevoir leur ville comme étant originale et créative. Lancer cette accusation fait évidemment réagir de tous côtés, et fait presque instantanément dévier le débat vers la question usée du caractère prétendument inféodé des Québécois.

Serait-on incapables, demandent certains, de nous montrer aussi spectaculaires sur le plan architectural que l’ont été dernièrement Chicago, Toronto ou Denver ?

À moins que l’audace véritable, diront les autres, réside dans le fait de refuser d’importer ici une formule taillée sur mesure pour des villes en manque d’attention ? La question est intéressante, mais sait-on vraiment à quel type de programme architectural et urbanistique on se réfère en parlant des gestes audacieux posés dans ces villes ? Avant tout, il faut déboulonner certains mythes quant à ces nouvelles signatures architecturales qui ne sont audacieuses qu’en surface.

Avant toute chose, l’architecture iconique contemporaine a une mission de transformation identitaire. En s’inspirant des icônes ayant atteint ce statut au terme d’un long processus d’identification populaire à un édifice, les starchitectes tentent aujourd’hui de préméditer la trajectoire iconique de leurs créations en concevant des structures hors normes.

Pour marquer leur différence, les édifices iconiques sont mis en récit par leurs concepteurs et ritualisés dans les médias dans une logique d’opposition à l’identité de la ville, de manière à la transformer en face de son déclin.

C’est une architecture, en somme, qui apparaît au monde en créant une déchirure dans la ville (l’effet dit « wow ») et qui marque une distinction exprimant métaphoriquement le désir de transformer la ville. Il y a bien sûr des réussites, comme le Guggenheim à Bilbao, mais lorsqu’on ne dépasse pas le stade nécessaire de la confrontation avec l’environnement urbain (le cas du Musée royal de l’Ontario à Toronto), c’est un procédé assez dommageable qui aliène des édifices de premier plan dans les représentations de la ville.

De plus, il est important de comprendre que l’architecture iconique est apparue à une époque où les institutions ne savent plus exactement comment se représenter en vertu de l’éclectisme des idéaux qui traversent la société.

Face à cette crise de représentation, deux choix limites s’offrent aux concepteurs d’édifice monumentaux : ou bien on tente le coup d’éclat iconique, un édifice expressionniste qui maximise le potentiel émergent des technologies numériques ; ou bien on se fait le plus transparent possible et on laisse les utilisateurs dicter le sens des lieux. Deux stratégies qui se valent sur le plan monumental, en somme.

Mais comprenons bien que l’option iconique, si elle semble souvent plus originale, n’en demeure pas moins une approche architecturale purement stratégique, et ne devrait pas être pensée trop rapidement comme l’expression du caractère audacieux d’une collectivité. L’audace est à l’architecture iconique ce que la paix intérieure est à la méditation : un objectif, certes, mais pas un état atteint partout en tout temps.

Entre les deux approches, il y a à peu près tout ce qui s’est fait récemment à Montréal ! Des édifices semi-sobres, ou à moitié flamboyants, faites votre choix terminologique. C’est peut-être là, justement, que se trouve la « banalité » que certains reprochent à Montréal : dans les gestes mal assumés et écrasés par la réglementation du Quartier des spectacles, par exemple.

On a essayé là, hormis quelques réussites, de tout faire en même temps en vertu de notre positionnement ambigu par rapport à « l’audace » architecturale. En témoignent avec éloquence les diverses atténuations apportées au 2-22 depuis le projet du starchitecte Paul Andreu jusqu’à sa version définitive, sise sans éclat particulier au coin des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine.

Le nouveau pont Champlain se trouve lui aussi sur le terrain des compromis, bien qu’on pourrait soutenir qu’il réussit l’exercice d’équilibre avec brio. Les projections nocturnes du pont indiquent même qu’il s’agira d’une structure plus spectaculaire qu’on ne l’a laissé entendre.

Plus généralement, peut-on dire que Montréal manque d’audace en laissant filer la chance d’ériger un authentique pont-sculpture ? La question me semble mal posée. Veut-on d’une structure iconique dont l’objectif implicite consiste à transformer l’identité de la ville ? Cette question, si elle semble plus adaptée à la réalité de l’architecture iconique mondiale, trace surtout une nouvelle ligne de partage entre ceux qui aiment la ville pour ce qu’elle représente aujourd’hui et ceux qui préféreraient voir son évolution l’amener ailleurs.

Il est peut-être temps pour Montréal de faire un choix et de l’assumer plutôt que de poursuivre sur la voie des demi-mesures. S’il faut à tel endroit un geste spectaculaire, fort bien. Mais je suis plutôt d’avis qu’il faut reconnaître que la métropole n’est pas Bilbao. L’audace réside aussi dans le fait de cette acceptation, qui n’est pas une résignation. Et puis, quand la situation nous contraindra à faire des compromis, aussi bien espérer que cela soit bien fait, comme au pont Jensen.

On pourra toujours rajouter des pots de géraniums au sommet de ses tours si, un jour, on le juge insuffisamment iconique, comme le proposait Jacques Parizeau quand est venu le temps de compléter la tour du stade…

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