Le blogue de François Cardinal

Jeudi 28 août 2014 | Mise en ligne à 9h59 | Commenter Commentaires (59)

L’absence d’une culture du beau enlaidit Montréal

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Je reproduis ici une version modifiée et écourtée de ma chronique de ce matin.

Les problèmes de collusion et de laxisme administratif ont permis à certains de s’en mettre plein les poches, on le sait. Mais ces déviances ont eu une autre conséquence : elles ont enlaidi Montréal et sa région.

C’est l’angle mort de la Commission Charbonneau. Une conséquence dont on ne parle pas, même si elle est plus grave, d’une certaine façon, que les pots-de-vin qu’on tente de récupérer. Ce qu’on a construit, on ne peut le déconstruire (quoi que…).

Prenez le plus récent exemple, ces deux horribles tours qui ont poussé sur la pointe nord de L’Île-des-Sœurs, là où rien n’aurait dû dépasser quelques étages. Visibles à votre droite quand vous sortez du pont Champlain en direction de Montréal, elles sautent au visage, non pas en raison de leur laideur intrinsèque (leur façade est banale), mais en raison de leur emplacement.

À sa face même, c’est une aberration, un obstacle visuel de 30 étages qui contamine la vue sur l’Oratoire, le mont Royal et le centre-ville.

Selon un rapport du contrôleur général, dévoilé par le Journal de Montréal, le projet Evolo serait entaché par un grand nombre d’irrégularités, voire par une collusion entre promoteur, élus et fonctionnaires.

X031_49BB_9Proment s’en défend, dit qu’il a agi en respect des règles. Tout comme, d’ailleurs, le CUSM affirmait récemment avoir agi en respect des règles lorsqu’il a donné huit étages hors sol à son stationnement… «souterrain» (qu’on voit en bas à droite sur la photo). Tout comme les promoteurs soutiennent avoir agi en respect des règles lorsqu’ils ont construit toutes ces affreuses tours sur le bord de l’eau à Laval.

Mais dans le fond, peu importe qu’ils disent vrai ou pas. Peu importe si les règles ont été tordues, et par qui. Ce que l’on retient, c’est que les décisions ont été prises sans souci pour l’impact qu’ont ces nouvelles constructions sur le paysage urbain.

Vrai, le maire de l’arrondissement Verdun a juré, lundi, que l’«urbanisme créatif» de ses prédécesseurs n’a plus sa place à L’Île-des-Sœurs. Tant mieux. Mais n’allons pas croire qu’en changeant quelques fonctionnaires, on se convertira soudainement à l’architecture de qualité. Pas plus dans ce quartier qu’ailleurs à Montréal.

L’emplacement des tours Evolo, le stationnement du CUSM et les constructions douteuses de Laval sont autant de manifestations d’une absence de souci pour l’harmonieux, le durable, le fonctionnel. Mais elles n’en sont qu’un épiphénomène.

Tout cela a pu lever de terre dans l’indifférence la plus totale parce qu’on n’a pas, au Québec et à Montréal, une grande préoccupation pour la qualité architecturale, pour l’impact des constructions sur le paysage et le cadre bâti. On n’a pas, autrement dit, une culture du beau.

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Samedi 23 août 2014 | Mise en ligne à 8h18 | Commenter Commentaires (112)

Les arguments plus efficaces que les gros bras…

On est passé un peu trop vite sur le sondage CROP de La Presse, cette semaine, car il est assez éclairant. Il montre qu’à Montréal, les syndicats n’ont pas complètement perdu l’opinion publique.

En gros, les Montréalais ne sont pas insensibles à la cause des syndiqués… mais ils en ont soupé de leurs moyens de pression.

Selon l’enquête d’opinion menée du 14 au 18 août, les moyens de pression ont l’appui de 31 % des Montréalais, mais ils sont rejetés par 51 % d’entre eux.

C’est donc dire qu’une majorité de répondants condamnaient déjà les gros bras… avant le saccage de lundi!

En revanche, l’opinion des Montréalais sur le projet de loi 3 est plus mitigée : 30 % sont contre, 36 % sont pour, et 34 % n’ont pas de position (d’où la vidéo explicative que j’ajoute au billet, ci-dessus).

On a déjà vu appui plus solide. La bataille n’est donc pas complètement perdue pour les employés municipaux.

Et donc oui, pour répondre à la question de mon précédent billet, je crois que les syndicats se sont trompés en laissant leurs membres virer à l’envers le conseil municipal, lundi. Tout comme je crois que les employés de Québec n’ont rien à gagner en vandalisant le matériel de la Ville, comme ils l’ont fait mercredi.

Face à un gouvernement majoritaire en début de mandat, les employés municipaux ne peuvent pas espérer tuer le projet de loi 3, mais ils ont du jeu, voire une légitimité populaire pour faire valoir leurs arguments et en modifier la teneur. À condition de maîtriser les fier-à-bras.

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Le saccage survenu lundi n’est pas le résultat d’un mot d’ordre des dirigeants syndicaux, on s’entend. Mais les dirigeants syndicaux n’ont pas condamné le saccage de lundi comme tel.

Et en pareille matière, ce qui n’est pas dit est aussi important que ce qui est dit.

On peut donc se poser la question : les syndicats, qui n’ont manifestement pas demandé une stricte discipline de la part de leurs membres à la veille de la commission parlementaire, ont-ils fait une croix sur l’opinion publique?

C’est mon impression. À voir les réactions des Parent et Ranger, on a l’impression de rejouer dans un film dans lequel on a déjà joué. En gros : nos membres sont ben ben fâchés, on ne peut donc pas les contrôler…

Ça me rappelle les fameux «mouvements spontanés» évoqués par Michel Arsenault lors des tristes scènes d’intimidation sur les chantiers, dans le cadre du dossier du placement syndical. Des mouvements aussi «spontanés» que l’entrée par effraction à l’hôtel de ville à coup de bélier en 1993…

En un mot, il vient un moment lors des moyens de pression où les syndicats décident tout simplement de tourner le dos à la population et de passer au plan B : la démonisation et l’intimidation.

Et les événements de lundi semblent être ce point de bascule.

Il faut se rappeler cette délicieuse phrase écrite en 2000 par Michel Parent dans la revue interne des cols bleus : «N’oubliez pas que l’opinion publique, c’est le reflet de ce que les médias façonnent et les médias façonnent ce que l’establishment leur dicte.»

Au diable, donc, ce qu’en pensent Monsieur et Madame Tout-le-monde, qui ne sont pas assez intelligents pour se faire leur propre opinion.

Il existe d’autres «stratégies» pour se faire entendre…

Mais je me pose une question : est-on passé à un autre appel? L’époque des gros bras est-elle révolue? La population en a-t-elle soupé des scènes disgracieuses comme celle de lundi? Tout cela appartient-il à un passé sulfureux que ne veulent pas revivre les citoyens?

Et donc, cette fois, les syndicats se sont-ils trompés en laissant leurs membres virer à l’envers le conseil municipal, surtout dans un contexte où ils font face à un premier ministre et à des maires en début de mandat?

Je vous pose la question…

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