
Je reviens sur le sondage CROP publié ces derniers jours, non pas parce que j’accorde une crédibilité absolue à ces enquêtes d’opinion, mais parce que peu importe sa valeur, il a le potentiel de transformer en profondeur la course électorale des prochains mois.
Ce qui est important dans ce sondage, en effet, ce ne sont pas tant les résultats (on a vu ce qu’ils pouvaient valoir dans l’ouest du pays), que ce que pourraient provoquer les résultats…
Jusqu’ici, la course semblait scellée. Le scénario de 2009 donnait l’impression de vouloir se répéter, avec un candidat libéral se faufilant entre Bergeron et Harel.
Or deux choses ressortent du sondage : Coderre n’est pas imbattable, Applebaum est plus connu et apprécié qu’on l’aurait cru.
Le lien entre les deux est évident : la faiblesse de l’un pourrait ouvrir la porte à l’autre.
Vrai, Applebaum a promis qu’il ne se représenterait pas lors de la formation de son administration de coalition. Mais on sait ce que peuvent valoir certains engagements politiques…
D’ailleurs, on me dit qu’en début d’année, l’entourage d’Applebaum a bel et bien envisagé une candidature à la mairie en novembre. Un scénario tournant autour du 100e jour (février dernier) a même été esquissé : Applebaum présente les réalisations de son administration ainsi que les prochains objectifs à atteindre. Puis il finit par se présenter officiellement.
Mais les révélations des médias ont repoussé ce scénario, qui a finalement été abandonné… jusqu’à ce que l’entourage d’Applebaum ait en mains le sondage CROP de cette semaine.
Pas moins de 88 % des répondants ont su nommer Michael Applebaum, sans même avoir accès à un choix de réponse. Et 65 % se sont dit très ou sassez satisfait de la coalition qu’il dirige, un taux qui bondit à 75% chez les non-francophones.
C’est énorme! En outre, lorsque CROP défile une liste de nombreux candidats potentiels, Coderre récolte 20 % d’appuis et Applebaum, 17%. Loin de tous les autres candidats, de Harel à Bachand, en passant par Bergeron et Bissonnette. Aucun ne dépasse les 6 %.
Dire que ça en fait rêver certains est un euphémisme.
Certains membres de l’entourage d’Applebaum testeraient actuellement la température de l’eau. C’est un secret de polichinelle dans le milieu que le PQ se cherche un candidat (Harel ne serait pas dans les bonnes grâces de Marois, dit-on), de même que la communauté des affaires. Sachant qu’il y a une brèche, on tente de voir si Applebaum peut s’y engouffrer.
Parallèlement, certains militants réfléchissent à divers scénarios : une candidature seule, avec un groupe d’indépendants, voire avec un candidat complémentaire. Le nom de Michel Labrecque a ainsi été évoqué (sans que MM. Applebaum et Labrecque n’aient nécessairement été mis au courant).
Apprécié du PQ, des gens d’affaires et, possiblement, des francophones, le patron de la STM pourrait former un duo avec Applebaum, dit-on, qui lui est proche des anglos et du PLQ (Daniel Gagnier, ancien chef de cabinet de Jean Charest, s’est d’ailleurs joint récemment à lui).
Les deux hommes, fait-on valoir, pourraient ainsi se positionner en rassembleur, regrouper quelques indépendants et former, éventuellement, une autre coalition. Si d’aventure Applebaum acceptait en outre d’être le numéro 2 de Labrecque, il n’aurait même pas à renier sa promesse.
Cela dit, ce ne serait pas gagné. Encore hier, dans Le Devoir, les mots «Applebaum», «enquêteurs» et «UPAC» se sont retrouvés dans un même texte. Son passé le suivra-t-il ainsi longtemps?
Je le souligne à gros traits : on est ici dans le spéculatif, l’hypothèse de travail, les discussions de couloir. Mais cela prouve que peu importe la valeur réelle du sondage CROP, il pourrait avoir un effet décisif sur la campagne.
Je vous pose donc la question : Michael Applebaum devrait-il se présenter? Avec Michel Labrecque?