Valérie Lesage
Le Soleil
C’est rare qu’on publie ce genre de texte sur le blogue, mais comme le journal n’est pas publié avant vendredi, voici notre compte rendu du spectacle de Louis-José Houde au Grand Rire mercredi:
Il faisait froid, mais un spectacle 100% nouveau de Louis-José Houde à petit prix, c’est un cadeau qui ne se refuse pas. Aussi, l’Agora débordait mercredi soir pour le premier spectacle en plein air du Grand Rire 2010; plus de 5000 personnes sont venues accueillir leur humoriste préféré. Et elles ont eu droit à une des plus belles soirées d’humour du festival.
Louis-José Houde a demandé aux journalistes de ne pas le critiquer puisque ce spectacle est une sorte de transition entre son dernier «one man show», offert 412 fois, et le prochain, à venir dans deux ans. Même si ses nouveaux numéros avaient été testés dans des spectacles corporatifs, l’humoriste souhaite en approfondir un ou deux pour sa prochaine tournée; il sait qu’il peut aller plus loin, d’où son désir de ne pas être jugé tout de suite.
Ce qu’il a présenté mercredi était pour lui plus proche du stand up à l’américaine que d’une histoire racontée. Il n’y avait pas forcément de lien entre ses observations rigolotes sur les moniteurs de camp de jour et ses mésaventures de célibataire, mais l’humoriste est capable d’attacher les petits fils ensemble pour coudre ses chapitres les uns aux autres et faire une courtepointe aussi colorée qu’amusante.
Entre quelques improvisations, le survolté Louis-José Houde nous a confié avoir donné du Ritalin à des enfants : «c’est comme si Youppi donnait des conseils de mode!» a-t-il lancé éberlué. Il a aussi offert ses sympathies à l’interprète qui traduisait son spectacle en langue signée pour les malentendants! Surtout, il a partagé ses déboires de célibataires avec une drôlerie qui laissait voir aussi une immense solitude. Imaginez la fille qui, au petit matin, à peine sortie du lit du célèbre humoriste, appelle sa mère pour lui faire deviner qui est à côté d’elle… Et l’autre qui dépose ses rallonges capillaires sur la table pendant qu’il lui prépare un digestif!
Il y avait du rythme, de l’efficacité, de saines colères sur un ton tragicomique, de joyeuses exagérations, mais aussi de de l’honnêteté et puis, toujours, ces fines observations des petits détails du quotidien que l’humoriste a le don de grossir à la loupe pour en faire ressortir une certaine absurdité.
Si j’avais eu une critique à écrire, elle aurait été bonne. Très bonne même…
En avant-midi mercredi, Louis-José Houde avait rencontré les journalistes et parlé de son excitation à présenter ses nouveaux numéros à l’Agora.
«J’ai fait la Salle Albert-Rousseau 89 fois, alors en faire un qui ne coûte pas cher pour le monde à Québec, c’est bien! J’ai reçu le prix du public trois fois au Gala des Olivier aussi et j’ai comme le goût de redonner un peu.»
Louis-José Houde soulignait également qu’il est rare qu’un humoriste puisse jouer devant 5000 personnes à la fois et le défi lui donnait du plaisir. Comme l’idée, aussi, de jouer sur la même scène que Bill Cosby, qui sera à l’Agora dimanche.
«Je suis vraiment groupie. Je l’ai vu plusieurs fois en spectacle et je serai là dimanche. C’est le premier humoriste que j’ai écouté dans ma vie, avant Yvon Deschamps même.»
Peut-être pour la première fois de sa vie d’artiste, Louis-José Houde se produisait en spectacle dans un lieu où il a créé.
«Je viens à l’Agora écrire des fois le printemps ou l’automne, je m’assois dans les bancs et j’écris. Je ne peux pas aller dans les cafés parce que je parle tout seul et que j’ai l’air fou, alors quand c’est trop long à l’hôtel, je viens ici.»
L’infatigable humoriste aurait pu choisir de se reposer après une tournée de deux ans (412 représentations) et quelques films. Mais il a senti le besoin de s’offrir un petit bonus de scène cet été; il jouera donc dans quelques festivals. À la mi-automne, ce sera le repos total, qui devrait durer une bonne partie de 2011 également. Même si tout le monde reconnaît en lui un travailleur acharné, Louis-José Houde le jure : il est très doué pour la farniente.
«Je suis vraiment bon pour ne rien faire, contrairement à ce que l’on pense!»