
Un roman peut à jamais changer la vie d’un lecteur. Même chose mais avec plus d’intensité pour un film.
Olivia Rosenthal a posé la question à quatorze personnes : quel film a changé votre vie ?
Des réponses, elle a fait Ils ne sont pour rien dans mes larmes, un opuscule de 120 pages pubié par les Éditions Verticales.
Ce livre explore les relations intenses et intimes que l’on peut éprouver à l’endroit d’un film.
- Angélique avait 13 ans quand elle a vue La Nuit américaine de François Truffaut et elle a su à ce moment-là qu’elle serait comme Nathalie Baye.
- C’est Il était une fois la révolution de Sergio Leone qui a marqué à jamais Vincent. Il avait 13 ans et les scènes d’explosion l’ont fait réfléchir au sens de l’Histoire.
- Il faut croire que 13 ans est un âge critique. Anne-Sophie avait 13 ans, elle était amoureuse d’un garçon, et Rouge de Krzysztof Kieslowski a déclenché en elle une euphorie incroyable.
- Douze hommes en colère de Sidney Lumet a été le fim de Sophie. Elle avait 18 ans et elle était allée à un festival de hard-rock au pays de Galles. En voyant ce film, elle a compris que la parole est une arme plus importante que la défonce.
- Christine était encore au secondaire et n’ayant rien de mieux à faire un après-midi, elle est allée au cinéma et y a vu L’arbre aux sabots d’Ermanno Olmi. Une vaste fresque paysanne qui tenait l’écran pendant plus de trois heures. En voyant ce film, elle a su ce qu’elle ne voulait pas être.
- C’est Nuit et brouillard d’Alain Resnais qui a été le premier choc cinématographique de Denis.
- Marlo Brando et sa motte de beurre ont allumé Béatrice. Qui aurait voulu être Maria Schneider et faire l’amour avec un inconnu dans un appartement abandonné. Le film ? Ben voyons, Le dernier tango à Paris.
- Parce que cela a lui rappelé certains souvenirs, Isabelle a beaucoup pleuré en voyant Le Retour d’Andreï Zviaguintsev.
- François avait 18 ans et il venait de quitter le cocon familial quand il a vu Eraserhead de David Lynch. Il a tout oublié du film sauf la bande-son.
- Jean a tellement aimé L’Arrangement d’Elia Kazan qu’il l’a vu une dizaine de fois.
- Elle avait 13 ans quand elle a vu Les Quatre Cents Coups de François Truffaut. Ce film lui a donné envie de devenir éducatrice. Elle l’est devenue.
- Thelma et Louise de Ridley Scott a donné de la force à Annick. Elle avait 30 ans et ce film lui a montré qu’on pouvait choisir sa vie. Même si, dans la liberté, il y une part de vide.
- Que reste-t-il ? Eh bien, Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy. Qui a fait sangloter Olivia Rosenthal : «Je ne supporte pas qu’on puisse perdre définitivement quelqu’un qu’on a aimé sans en mourir».
Spécialiste de la poésie du XVIe siècle et maître de conférence à l’université de Vincennes, Olivia Rosenthal a écrit des récits, des fictions radiophoniques et des pièces de théâtre qui, selon son éditeur, mettent aux prises des personnages obsessionnels, inquiets, décalés, avec un monde dans lequel ils ne se reconnaissent jamais tout à fait.
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C’était en 1967, j’avais 18 ans et j’étais étudiant à Paris. Dans une petite salle de la rue de l’École de médecine, j’ai vu le film qui m’a le plus choqué. Un film de 48 minutes qui me hante encore à l’occasion. C’était La Bombe, un documentaire commandé par la BBC à Peter Watkins sur les effets d’une bombe atomique sur une ville anglaise.
Si teriffiant, ce film, que la BBC ne l’a pas diffusé.
Le scénario : Serbes, Croates et Bosniaques s’entretuent en Yougoslavie. Méchant Boris intervient dans la chicane et l’Oncle Sam tempère les ardeurs des communistes en leur balançant un missile nucléaire sur la gueule. Image pétrifiante de ce missile qui sort d’un silo enfoui dans une prairie du Wisconsin…
Les Popov ripostent en pulvérisant une ville anglaise.
Et vous, y-a-t-il un film qui vous marqué à jamais ? Ou qui a changé votre vie ?
Didier Fessou